Keep calm and take an English book

Je pars aujourd’hui pour une semaine à Londres. Mes préparatifs de voyage ont été accompagnés des souvenirs de lecture qui ont contribué à ma passion pour la culture de Shakespeare. Et la perspective de se recueillir à Westminster Abbey auprès des tombeaux de Charles Dickens, de Thomas Hardy m’est essentielle !

Alors, (tout) petit parcours (non exhaustif of course) de quelques romans qui ont compté et qui signifient beaucoup pour moi :

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Le sublime anglais par excellence. J’ai abhorré la cruelle Catherine Earnshaw (comment peut-on la considérer comme une héroïne ?!), mais adoré le ténébreux Heathcliff…

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Classique parmi les classiques : un roman d’apprentissage à la frontière du gothique. Un romantisme noir absolu.

 

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Je reste songeuse à chaque roman de Jane Austen concernant sa constance à y dépeindre les aléas amoureux des jeunes femmes de son temps : une constante qui questionne dès le XIXème le féminisme.

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A défaut des célèbres Olivier et David, découvrez les aventures de Pip : un Dickens comme on les aime, dans une atmosphère qui oscille entre ombre et lumière.

 

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Accro à la série « Downton Abbey », je me suis empressée de lire les deux oeuvres de son créateur : Julian Fellowes. Ainsi, Snobs (2004) et Passé imparfait (2014) sont tous les deux la radiographie d’une certaine société de l’Angleterre conservatrice, dont Julian Fellowes parle en toute connaissance de cause (on note parfois quelques remarques moralisatrices typiquement conservatrices). En tout cas, c’est divinement bien écrit.

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Un après « Harry Potter » difficile pour J.K. Rowling ? Malgré des critiques en demi-teinte, Une Place à prendre est un roman très agréable à lire, qui analyse plutôt justement les conflits entre les habitants et les tourments personnels de chacun dans une petite bourgade de l’Angleterre. Personnellement, je le conseille sans hésiter !

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Malgré une certaine appréhension à l’idée de retrouver Bridget à l’ère des toy boys et de Twitter, au final un nouvel opus léger, touchant et juste ce qu’il faut de délirant.

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Laissez-moi vous donner un ordre : LISEZ David Nicholls !!!! Cet auteur est tout simplement génial ! Ces titres s’enchaînent et sont tous excellents : Un Jour, Pour une fois, Nous, Pourquoi pas ? (vous noterez l’esthétique des titres averbaux…). Une écriture fluide et riche à la fois. Que du bonheur à chaque fois !!!

Voilà pour ce petit listing pour lequel il manque nombre de grands et beaux romans (Thomas Hardy, George Eliot…). Mais vous, quels sont vos romans anglais préférés, qu’ils soient classiques ou contemporains ?

 

 

 

 

 

 

 

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Une nouvelle génération d’auteurs

Chouette rencontre littéraire vendredi 25 mars à la librairie nantaise « La Vie devant soi » avec les jeunes auteurs Julia Kerninon et Sylvain Pattieu.

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Sylvain Pattieu y présentait Et que celui qui a soif vienne, et Julia Kerninon Le dernier amour d’Attila Kiss, tous deux édités aux éditions du Rouergue. Chacun a évoqué la genèse de son œuvre, en a lu quelques pages, a retracé son parcours jusqu’à la publication de leurs romans, concrétisation absolue de tout écrivain.

Découverte de Sylvain Pattieu pour moi : un auteur fort intéressant, aux textes puissants et richement construits.

Poursuite de ma connaissance littéraire de la brillante Julia Kerninon, découverte avec Buvard, son premier roman. Une écriture fine et forte, des frissons d’émotion à la lire.

Le constat – fort optimiste – qui est venu clore la rencontre a été celui de l’émergence d’une nouvelle génération d’écrivains qui s’affranchit de l’autofiction pour mieux retrouver le plaisir de la fiction. Et lorsque l’on sait que ces auteurs ont encore en réserve plusieurs textes, nous autres lecteurs pouvons être sereins !

« Brillante », Stéphanie Dupays

Excellente découverte avec Brillante, de Stéphanie Dupays, sur un thème que j’affectionne : l’ascension sociale lorsque le milieu d’origine est modeste. Thème que l’on retrouve notamment avec Jude de Thomas Hardy, ou encore Pas son genre de Philippe Vilain.

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Claire est une brillante cadre au parcours scolaire et professionnel sans faute. Ayant un poste a responsabilités au sein de l’entreprise agroalimentaire Nutribel, tout lui sourit, et son dur labeur lui permet de jouir des privilèges de son statut, privilèges qu’elle partage avec son compagnon Antonin :

« Claire et Antonin travaillent beaucoup ; ils se voient comme deux randonneurs de haute altitude. Ils perçoivent leur milieu professionnel respectif comme un Everest qu’on ne gravit pas sans effort. Il faut du souffle, de l’endurance, de la technique, et cette volonté de continuer même les jours où la fatigue vous envahir et qu’il serait si tentant de sortir tôt du bureau, de couper son téléphone pour siroter un cocktail en terrasse. Évidemment, l’effort offre quelques gratifications. Le trading de métaux conduit Antonin aux quatre coins du monde. Lorsque la destination est à quelques heures de vol de Paris, Claire le rejoint le week-end dans un hôtel cinq étoiles aux peignoirs moelleux et aux vues panoramiques. Ce soir, c’est la privatisation, du musée qui récompense les salariés de Nutribel de leur jeunesse sacrifiée à l’essor de l’entreprise. »

Au-delà de cette envie de réussir, d’exceller, il s’agit surtout pour Claire de fuir son origine sociale modeste et provinciale :

« Claire veut un métier passionnant, avec des défis à relever chaque jour, pas comme celui de ses parents qui, tous les soirs, cochent sur le calendrier de la Poste la case les rapprochant de la retraite tant attendue. »

Cela donne lieu dans le roman à un passage fort cruel dans lequel les riches parents d’Antonin sont invités à déjeuner avec les parents de Claire dans l’appartement parisien des jeunes cadres. Décalage flagrant des codes et acidité du regard social porté par l’auteur :

« En tout cas, ma mère a découvert quelque chose aujourd’hui, ce doit être la première fois qu’elle rencontre des amateurs d’André Rieu. » – Antonin

La réussite comme seul bagage pour échapper à sa condition sociale…

« Tout privilège suscite chez ceux qui en sont exclus l’envie d’y accéder ».

Mais comment réagir lorsque, un beau jour, Claire devient la victime d’une mise au placard ? Chute lente et vertigineuse avec pour vue la destruction d’une ascension parcourue à la sueur de l’effort. Stéphanie Dupays excelle à décrire et à narrer ce long processus de placardisation. Le lecteur imagine page après page le pire, en découvrant les humiliations successives dont est victime Claire. Il est évident que ce récit est une peinture on ne peut plus réaliste de la réalité sociale de ce qu’est la mise au placard. C’est d’autant plus évident que Stéphanie Dupays est elle-même haut fonctionnaire dans les affaires sociales.

Le récit Brillante est donc excellent. Réserve concernant le dénouement, mais par respect pour les futurs lecteurs éventuels de ce très bon ouvrage, je n’en dirai rien…

Brillante, Stéphanie Dupays, Mercure de France, 2016, 185 pages, 17 €.

 

 

 

Celle qu’il convient de lire

Lu en seulement quelques heures, le récit de Camille Laurens, Celle que vous croyez, est d’une grande beauté, doublée d’une grande complexité polyphonique.

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En effet, on y découvre le récit de Claire Millecam, professeur d’université divorcée, et en deuil de sa relation avec Jo. Afin de maintenir l’espoir de revivre quelque chose avec lui, elle décide de s’inscrire sur Facebook sous le pseudonyme de Claire Antunis, et d’utiliser un entremetteur, Chris, un ami de Jo.

Cependant, cette entreprise fomentée par une femme en quête (d’un homme, de l’homme, de qui, de quoi ?) se retourne contre elle : l’identité qu’elle a choisie est une identité usurpée, elle tombe amoureuse de Chris mais ne peut le rencontrer sans que celui-ci ne devine qu’elle est en fait l’ex de son ami. La relation « Claire Antunis » / Chris est donc condamnée à rester virtuelle et téléphonique. Condamnée à mourir aussi, puisque lorsque que Claire, contrainte et forcée, met fin à sa relation avec Chris, elle apprend quelques mois après que Chris se serait suicidé de désespoir.

On comprend alors pourquoi on a deviné dès le début du récit que Claire Millecam est internée dans un hôpital psychiatrique et est suivie par Marc.

Au tour de Marc ensuite de prendre la parole sous la forme d’un conseil disciplinaire, afin de s’accuser de son erreur et s’en expliquer :

« Je sais parfaitement pourquoi je suis là devant vous, chers confrères. Je n’ai pas l’attention de me dérober à ma responsabilité, j’assume et accepte par avance toutes sanctions que vous prendrez contre moi. »

Pour l’aider, il propose aux membres du conseil disciplinaire la lecture du manuscrit de Claire Millecam, élaboré dans le cadre d’un atelier d’écriture mené par une certaine Camille, écrivaine, lors de sa thérapie en HP. Dans ce manuscrit, Claire imagine ce qu’aurait pu devenir son histoire avec Chris s’il y avait eu un possible avenir commun :

« Elle imagine ce qu’aurait été sa vie avec Chris si elle avait osé, sans lui avouer l’imposture initiale, tenter d’avoir avec lui l’histoire d’amour qu’elle sentait possible, dont elle rêvait. »

Et le lecteur de revivre la relation Claire / Chris en espérant lui-même un happy-end. Mais surtout, on voit là que la réécriture est un évident renouvellement des possibles ainsi que l’opportunité de retourner le sens de la lecture des faits.  Marc découvre en effet la terrible et cruelle supercherie dont a été victime Claire :

« Qu’en la tirant de l’univers imaginaire qui la détruisait, en lui montrant qu’elle avait été manipulée, que c’était elle la victime – elle n’avait tué personne, c’est elle qu’on avait tuée -, j’allais l’aider, la secourir, même. »

Ce second récit s’interrompt alors, pour laisser parler une troisième voix, celle de Camille l’écrivaine s’adressant à son éditeur… et peut-être aussi sans doute au lecteur, qui a l’impression de « remonter en surface » puisqu’elle exhibe la matérialité de son récit à plusieurs reprises, comme s’il s’agissait d’un work-in-progress à l’œuvre dans le livre :

« Avant tout, je tiens à te rassurer : dans le roman que tu viens de lire, j’ai changé, en tout cas je peux le faire, j’ai changé la plupart des noms, les lieux, les professions. »

Alors Camille l’écrivaine dévoile la « matière » de son récit : elle révèle qu’elle a elle-même créé un avatar et qu’elle s’est prise à son propre jeu, afin de constituer sa matière première, et donc le récit de Claire. Et soudain les identités de se brouiller : nous découvrons que Camille l’écrivaine est elle aussi en HP et elle mène un atelier d’écriture auquel participe Claire Millecam. Mais cette Camille écrivaine est-elle un être de papier ou Camille Laurens elle-même exhibant son propre travail ? Confusion absolue…

Qui écrit la vie de qui ? Qui dit la vérité dans ces voix narratives qui se superposent comme dans un palimpseste ? Y a-t-il seulement de la vérité ou bien, comme le dit Camille l’écrivaine, « la vie est roman » ? Peut-on devenir prisonnier de sa propre fiction car, comme elle le dit, « Se faire un roman, c’est se bâtir un asile » ?

Alors revenons au titre : comment comprendre l’ellipse dans « Celle que vous croyez » ? Doit-on rétablir une affirmation : « Je suis celle que vous croyez » ? Compliqué quand nous passons d’une voix à une autre, doutant de l’une puis de l’autre… Ou doit-on rétablir une négation : « Je ne suis pas celle que vous croyez » ? Ce serait alors un avertissement au lecteur de douter de chaque récit qui nous est proposé.

Camille Laurens érige certainement, dans son récit, la complexité du récit, dans ce qu’il peut proposer de polyphonique et de réflexion sur les pièges de la fiction.

Extraordinaire roman – celui que vous croyez – que je vous conseille absolument. J’aurais pu également évoquer la très riche réflexion sur le statut de la femme lorsqu’elle arrive à  50 ans et qu’elle oscille dans un entre-deux amoureux, malmenée par le regard et le choix des hommes. J’ai préféré réfléchir sur la dense matière littéraire que propose le récit.

Celle que vous croyez, Camille Laurens, NRF Gallimard, 2016, 186 pages, 17.50 €.

 

 

 

 

 

 

Taguée !

Le blog étant sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter, j’ai eu le plaisir d’être taguée pour répondre à un petit questionnaire littéraire fort sympathique. Après mûre réflexion (et surtout beaucoup de retard), voici mes réponses :

1. Quel personnage, tous livres confondus, a été, selon toi, le mieux adapté au cinéma ?
Pétrie de littérature classique, j’opte sans hésiter pour le personnage de Lennie dans Des Souris et des hommes, de John Steinbeck. En effet, dans l’excellente adaptation de Gary Sinise (1992), John Malkovich y est épatant dans le rôle du pauvre bougre simple d’esprit qui tue sans le vouloir tout ce qu’il caresse de doux.

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2. Quel livre, de tout temps, a été le mieux adapté au cinéma, et par quelle adaptation ?
Je pense que la palme revient aux récits (et oui, je suis obligée d’utiliser le pluriel) qui mettent en place un univers imaginaire, tels la saga Harry Potter ou la trilogie du Seigneur des anneaux. En effet, ce sont de vrais challenges que d’adapter ce qui fondamentalement n’existe pas, et parvenir à donner vie à un univers à la fois fantastique et merveilleux. Je suis donc obligée de botter en touche !

3. T’est-il déjà arrivé de dormir moins de 3 heures, une nuit, alors que tu avais cours / travaillait le lendemain, à cause d’un livre ?

Non, cela ne m’est jamais arrivé ! Par contre, ne pouvoir dormir parce que j’avais commencé un livre et que cela me passionnait, oui ! C’était Les Hauts du Hurlevent, d’Emily Brontë. Impossible de trouver le sommeil une fois le livre commencé…

4. Quelle est la plus belle édition que tu as dans ta bibliothèque, et de quelle œuvre ? i tu n’en as pas, laquelle souhaiterais-tu acquérir ?

J’ai plusieurs livres de la Pléiade, acquis pendant mes études et dans le cadre de mon Master de Lettres : Balzac, Zola, Defoe. Des éditions de référence, bien sûr, mais pas les plus plaisantes selon moi pour une simple lecture. Du coup, la plus jolie édition que je possède, ce sont deux livres reliés qui me viennent de mon grand-oncle et qui datent de 1930 environ : Les Fleurs du mal et Petits poèmes en prose de Baudelaire. Les pages sont épaisses, jaunies : quel plaisir de les feuilleter !

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5. Tu découvres une boutique secrète « Animaux et mascottes imaginaires » où se trouvent toutes les créatures, monstres de compagnie de tes livres favoris. Laquelle / lequel achètes-tu ?

Je crois que je prendrais Hobbes, de la bande dessinée Calvin et Hobbes de Bill Watterson. Imaginez : une peluche tige qui s’anime et converse avec vous quand vous êtes seul avec lui (en fait, je réalise que c’est peut-être là une caractéristique du syndrome de Peter Pan en prenant une peluche… Dites, ça compte, hein, ça compte ?!).

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6. De quel(le) auteur(e) serais-tu prêt à acheter / emprunter n’importe quel livre, juste parce que c’est lui ou elle qui a écrit le livre ?
Sans hésiter, je me damnerai pour un roman de Joël Dicker ou pour un récit du so british David Nicholls (Pour une fois, Un Jour, Pouquoi pas ? Nous).
7. A quel personnage de livre t’identifies-tu le plus ?

Comme beaucoup de jeune femmes, je crois que j’ai rêvé d’être une Jane Eyre. Mais je suis loin d’être aussi sombre et aussi peu loquace. De même pour Tess d’Uberville : belle héroïne, mais trop naïve je crois. Bref, je cherche encore !
8. Quel livre / saga rêves-tu de voir adapté(e) au cinéma ?

Les récits de Joël Dicker donnent une bonne trame narrative.
9. Pour quel univers littéraire as-tu eu un coup de cœur dès que tu l’as découvert ?
Je reste pétrie de l’univers réaliste et naturaliste français du XIXème, et de l’univers du roman anglais au XIXème siècle. Comment cela c’est cliché ?!
10. Fais-nous découvrir un / une blogueur (euse) ou booktubeur que tu suis.
Je suis très fan de l’univers de BettieRose books, à découvrir sans tarder ! Univers poudré et articles fort bien troussés ! D’autre part, je découvre la qualité absolue des textes critiques et surtout des choix littéraires du blog Textualités. Enfin, l’originalité et le sérieux de Mabu avec L’Envolume.

Rencontre au LU (jour 2)

Ce matin, de 11 heures à 12 heures au Lieu Unique dans le cadre du Festival Atlantide à Nantes, j’ai assisté avec bonheur à la grande rencontre organisée avec Philippe Forest pour la sortie de son nouveau livre, Une fatalité de bonheur.

 

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Moment tout particulier pour moi, car j’y ai retrouvé mon ancien professeur d’université, qui m’a fait aimé et admiré Aragon. J’y ai retrouvé le brillant auteur dont les succès sont indéniables, tant pour ses romans (L’Enfant éternel, Le Nouvel amour, …) que ses essais (Le Roman, le réel, …).

J’ai été interpellée par certains de ses propos sur le récit que j’estime d’une grande pertinence, d’une grande justesse, et que je soumets à votre réflexion :

  • Le seul fait de raconter détourne du réel. Tout texte, même fondé sur le réel, a une coloration fictionnelle.
  • La fiction pure est impossible.
  • Il convient d’écrire à partir de sa position dans le réel : écrire un livre sur quelque chose que l’on n’a pas vécu (le Sida, la mort d’un enfant, …) est une imposture. Et s’il y a volonté de témoignage de ce que l’on n’a pas vécu (les camps de concentration), il faut le faire avec justesse, sans opportunisme, en évitant d’utiliser le « je ».

Alors, est-ce que cela fait naître en vous des remarques, des commentaires ?