Dites-moi ce que vous lisez, et…

… nous verrons qui vous êtes !

Et oui, ne pensez-vous pas que nos lectures sont le reflet de ce que nous sommes, ou du moins contribuent à définir un aspect de notre personnalité ? On me rétorquera que nous changeons, que notre personnalité varie d’un âge à l’autre de notre vie. Et c’est vrai. Mais tentons tout de même l’expérience :

QUELS SONT LES LIVRES QUI DÉFINISSENT LE MIEUX VOTRE VIE OU QUI VOUS ÊTES ?

Contrainte : 3 livres maximum pour vous cerner !

Dis-moi


Alors je m’exécute ! Et le constat est immédiat : pas évident cette introspection identitaire et littéraire à la fois ! Néanmoins, je pense que ces ouvrages cernent sans doute le mieux qui je suis :

  1. Les petites filles modèles, la comtesse de Ségur

Je retourne loin en terre d’enfance, car les œuvres de la comtesse de Ségur ont longtemps influencé ma manière de grandir. influencée par la gentillesse, la bonté des sœurs Camille et Madeleine, combien de fois ai-je rêvé d’être aussi parfaites qu’elles !

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Avec le recul, je me rends compte que les titres de la comtesse de Ségur sont tous focalisés sur les femmes et que l’absence d’hommes pose tout de même question. De plus, le manichéisme évident teinté de moralisme chrétien était absolument orienté dès lors que les récits tombaient entre les mains des petits lecteurs. Alors il est certain que la comtesse de Ségur est dépassée aujourd’hui, absolument old-school même. Mais je ne renie pas cette grande part de mon enfance littéraire qui m’a amenée à grandir avec cet idéal enfantin.

2. Jude l’obscur / Tess d’Urberville, Thomas Hardy

A un moment de ma vie, j’ai trouvé un véritable écho dans l’œuvre de Thomas Hardy, notamment dans sa réflexion sur l’élévation sociale au prix du savoir et de la connaissance. Réflexion teintée de déterminisme (Zola n’est pas loin…), mais qui est la suivante : peut-on échapper durablement à son origine sociale ? Est-on déterminé à rester dans la sphère dans laquelle on naît ? L’effort pour se hisser au-delà de sa condition originelle est-il durable ? A quoi peut-on prétendre ou non une fois les échelons franchis ?

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Ces questions sont posées à travers deux romans très célèbres de Hardy, Tess d’Urberville et Jude l’obscur : les héros sont confrontés à leur modeste origine sociale, et les efforts pour s’en échapper sont mis en péril.

3. Jane Eyre, Charlotte Brontë

Jane Eyre

Nombreux sont eux qui ont glosé (avec raison) sur cet extraordinaire roman anglais du XIXème siècle, alors loin de moi la prétention de vouloir en faire une critique. Non.

Si j’ai choisi ce livre, c’est que certains de ses thèmes clés trouvent un écho particulier avec ma propre vie. La détermination pour commencer. Celle de Jane est sans faille face aux multiples adversités de sa vie (sa mise à l’écart par sa tante, la mort d’Helen, son histoire d’amour tourmentée avec Rochester). Mais c’est aussi son atout pour devenir gouvernante et s’assurer une place dans une bonne maison.

La figure ténébreuse de Rochester : homme sombre, discret et mesuré, et pourtant saigné à vif par son histoire personnelle. Un homme pour lequel on se damnerait. Pour lequel Jane se damne.

La campagne anglaise, écho de verdure tourmenté aux âmes des personnages, refuge nourricier dans l’absolu.

MAIS à la différence de Jane, je ne suis aucunement sombre, taciturne et mesurée, et sa grande capacité à se contenir ne me correspond hélas pas ! Alors… je n’ai plus qu’à retourner piocher de bons conseils auprès des demoiselles de Fleurville !

 

 

 

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« Manhattan People », Christopher Bollen

En route pour les terres new-yorkaises avec cet excellent premier roman de Christophe Bollen !

Manhattan people

New-York, ou plus précisément Manhattan, où nous faisons connaissance avec un microcosme de personnages entre lesquels nous découvrons très rapidement des liens – existants… ou qui se créent tragiquement.

Joseph Guiteau épouse Del, une jeune femme grecque pour laquelle l’obtention de la green card est essentielle. Mariage d’amour ou intéressé ? Son intérêt marqué pour son ex, Raj, fait douter de son attachement envers Joseph. Ce dernier est un comédien, mais c’est sans comédie aucune qu’il guette l’aube de ses 34 ans, âge funeste auquel tous les hommes de sa famille succombèrent d’une crise cardiaque. Alors, trépassera, trépassera pas ? De plus, Joseph est jalousé par son ami et collègue William, comédien sur le déclin et dont la vie se résume à des éclats épars…

Alors, lorsque William heurte accidentellement ce qui est pour lui une inconnue, l’étau se resserre tout doucement : il s’agit de Madi, la soeur de Raj et la meilleure amie de Del.

Et la fièvre de monter crescendo : fièvre de la culpabilité, fièvre de la paranoïa cardiaque; fièvre de la passion latente et refoulée, fièvre de la jalousie et de la haine…

Vous l’aurez deviné, ce roman est extrêmement bien construit : l’intrigue se met en place aisément en passant d’un point de vue à l’autre, et le lecteur est le témoin omniscient des tourments des personnages, voix off silencieuse mais qui a envie de leur hurler ce qu’il sait des autres. En outre, la traduction ne dénature aucunement la qualité stylistique de l’écriture. Bref, un p’tit lu vraiment apprécié, et j’attends avec impatience le prochain roman de Christopher Bollen !

Manhattan people, Christopher Bollen, éditions Calmann-Lévy, 2016, 533 pages, 22.50 €.

Le droit de ne pas achever un livre ?

Petits ou grands lecteurs, nous avons tous été confrontés à la difficulté d’achever un livre, pour des raisons diverses : écriture trop compliquée, action pas très accrocheuse, personnages plats, ensemble stéréotypé.

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Nombreux sommes-nous à culpabiliser lorsque nous déclarons forfait. En effet, on peut penser que c’est là un échec face à des œuvres supposées immanquables. Et pourtant, accordons-nous le droit de ne pas achever un livre : parce que c’est une question de moment, d’état d’esprit, d’accroche… Parce que s’il y a une liberté à conserver, c’est bien celle des mots…

Lisez sans tarder cet excellent article publié en mars dans le journal 20 minutes pour en savoir plus :  Ne pas finir un livre