[Manga] Le maître des livres de Umiharu Shinohara (Tome 1)

Et une nouvelle envie de livre, une !

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Couverture Le Maitre des livres

Publié aux éditions Komikku – 2014 – 188 pages

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À la bibliothèque pour enfant « La rose trémière » vous êtes accueillis et conseillés par Mikoshiba, un bibliothécaire binoclard célèbre pour son caractère bien trempé. Mais contrairement à ce qu’il peut laisser paraître, c’est un professionnel de premier ordre. Aujourd’hui encore, adultes comme enfants perdus dans leur vie viennent à lui en espérant qu’il leur trouvera le livre salvateur.

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Me revoilà à vous parler manga. Lorsque j’ai acheté le premier tome d’Orange, j’avais également opté pour le premier tome d’un manga dont on ne me disait que du bien : Le maitre des livres. Je savais simplement que l’histoire se déroulait dans une bibliothèque et cela me suffisait pour me donner envie de lire cette série. Le Maitre des livres T01

Ce premier tome nous introduit donc la bibliothèque de La Rose Trémière dans laquelle un jeune homme va échouer par hasard. Reçu par un bibliothécaire plutôt…

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Accro à la papeterie : 23 symptômes qui le prouvent !!!

Une amie, elle aussi accro à la papeterie, m’a envoyé ce lien qui prouve de manière irréfutable et absolue que l’on est obsédé par la papeterie.

Personnellement, de nombreux items me correspondent (j’en rougis tellement c’est vrai). Alors, à vous de voir si vous aussi, vous êtes accro à la papeterie (un bien joli vice, en fait !) !

23 Things anyone who’s slightly obsessed with stationery has secretly done

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Le remède à cette obsession n’est pas encore trouvé (même pas le porte-monnaie !)… Heureusement pour les addicts : le sevrage pourrait s’avérer « complicated » !

Colère

L’effet Läckberg

S’il y a une lecture de vacances par excellence, c’est celle de Camilla Läckberg. Efficace, redoutable, elle maîtrise à la perfection l’art du page-turner, et ses polars venus du froid (un genre qui n’est pourtant pas mon genre de prédilection) font mouche à chaque fois.

Je viens donc d’achever son dernier opus : Le dompteur de lions. Comme souvent, deux intrigues s’entrelacent, pour finalement devenir une seule et même ligne conductrice. L’évocation du mal dans ce qu’il a de plus terrible et traumatisant est particulièrement saisissante, et jusqu’à la dernière page, nos hypothèses de lecteur sont malmenées et remises en question. Addictif, tout simplement.

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Le seul bémol que j’émets concerne ce que j’estime être les clichés dès que l’on retrouve l’héroïne Erica Falck dans sa vie quotidienne avec son policier de mari Patrick. Des poncifs un peu éculés – pas faux non plus -, mais d’une grande banalité littéraire.

Cela ne m’empêchera pas de recommander chaleureusement la découverte et / ou la lecture des polars de Camilla Läckberg : une fois qu’on y a goûté…

Le dompteur de lions, Camilla Läckberg, Actes Sud (actes noirs), 2016, 388 pages, 23 €.

 

Rêve ou enfer ? Être une « American Girl », de Jessica Knoll

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De prime abord, l’idée de m’embarquer dans un récit so US et cheesy sur les tourments d’une journaliste de mode m’a fait un peu peur. En effet, l’auteur n’est autre que la rédactrice en chef du Cosmopolitan, et son héroïne, Ani FaNelli, ne jure que par le bling de tout ce que le côté huppé de New-York peut lui offrir : un fiancé dans la finance, une belle-famille très riche, un poste envié dans un magazine de mode.

« J’avais mis six ans pour en arriver là sans trop d’efforts : un fiancé qui travaille dans la finance, la serveuse du Locanda Verde que j’appelais par son prénom, le dernier sac Chloé autour du bras (pas un Céline, certes, mais au moins, je ne me promenais pas avec un Louis Vuitton ignoble comme si c’était la huitième merveille du monde. J’avais eu le temps de rouler ma bosse. Mais pour ce qui est des préparatifs du mariage, alors là, virage plus dur à négocier. […] Trois mois sont passés et il vous faut encore trouver un photographe dont le book ne contient pas une seule photo de mariée avec la bouche en cul-de-poule (plus dur qu’il n’y paraît), des robes de demoiselle d’honneur qui ne font pas demoiselles d’honneur, et un fleuriste qui puisse avoir des anémones même hors saison, parce que franchement, des pivoines, y a pas moyen ! Un seul faux pas et tout le monde va voir que sous cet élégant bronzage artificiel se cache une godiche italo-américaine qui ne connaît pas les bonnes manières. Je pensais qu’arrivée à vingt-huit ans, j’avais fait mes preuves et que je pouvais me laisser vivre. Mais avec l’âge, la lutte est de plus en plus acharnée. »

Dès les premières lignes, le ton est donné, et on devine aisément que le récit ne sera en rien cheesy et qu’Ani est confrontée à de violents démons intérieurs.

Ces démons, nous les découvrons grâce à la double narration du récit : d’un côté, la voix narrative de la jolie et brillante Ani FaNelli, tergiversant sur son mariage imminent avec le beau Luke ; l’autre, la voix de Tif, jeune adolescente faisant son entrée au riche lycée Bradley après avoir été renvoyée de son école religieuse pour consommation de drogue.

L’entrelacement des voix fait monter en puissance le drame sous-jacent que le premier chapitre suggère. Or, c’est à travers le récit de Tif que ce drame se dessine : sous la coupe de sa mère (pathétique marionnette cherchant à tout prix à atteindre l’aura des riches familles de la Main Line de Bryn Mawr en accumulant les signes extérieurs – seulement extérieurs et surtout maladroits –  de richesse), Tif est poussée dans la course à la popularité auprès des élèves les plus en vue du lycée, à savoir les Jambes Poilues et les OLHI (pour Olivia et Hillry).

Cette course à la popularité l’amène tout d’abord à se « travestir » (je n’hésite pas à employer ce terme, car c’est littéralement ce que sa mère l’amène à faire en claquant près de 300 dollars pour refaire sa garde-robe complète, jusqu’à de la lingerie Victoria’s Secret pur une ado de quatorze ans !). Puis, cela l’amène à se livrer – inconsciemment – à une débauche fâcheuse pour sa réputation. L’intégration n’est rien d’autre qu’un infâme bizutage pour TifAni.

Néanmoins, elle peut compter sur l’amitié sans faille d’Arthur, un autre laissé-pour-compte, relais absolu lorsque sa déchéance devient complète.

« Ne sachant pas ce que j’allais devenir, je ressentais une angoisse au goût acide. Mais elle s’est envolée quand j’ai découvert ce que j’étais finalement devenue : la nouvelle élève, certes mignonne, qui avait déjà perdu sa popularité sept semaines après le début des cours. […] Arthur avait le même constat voilà des années : il était devenu mon joyeux partenaire de délit. »

Mais les événements prennent alors au lycée un tournant inéluctable vers la tragédie suprême dont Tif ressort physiquement vivante. Mais moralement anéantie.

Et c’est ce drame adolescent des origines qu’Ani ne cesse de fuir et d’appréhender à la fois tout au long de son récit d’adulte, jusqu’à sa réponse finale. Jusqu’à ses réponses finales.

Premier roman brillant, American Girl est un véritable page-turner de qualité, que je recommande absolument.

American Girl, Jessica Knoll, 2016, Actes Sud, 360 pages, 22.80 €.

 

« Mémoire d’elles », T. Greenwood

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L’amour saphique aux États-Unis dans les années 60 : autant dire que le sujet était tabou à l’époque, mais Greenwood narre avec brio l’amour interdit entre Billie et Eva, deux femmes au foyer prisonnières chacune d’un époux machiste et violent.

La découverte de l’amour est progressif : la timide et réservée Billie devient tout d’abord amie avec sa nouvelle voisine, la jolie Eva. L’amitié est renforcée par celle de leurs enfants respectifs. La relation entre les deux femmes devient peu à peu fusionnelle, jusqu’à céder le pas à la passion charnelle lors d’un séjour annuel au lac, repère familial de la famille de Billie.

Mais cet amour est interdit : il est donc impératif pour Billie et Eva de se cacher. Cela leur est d’autant plus facile que les deux femmes sont littéralement prisonnières de leur intérieur, les époux prenant la voiture pour aller travailler. Mais le risque de révélation vient des enfants : c’est ainsi Johnny qui, témoin d’une scène d’amour entre Billie et Eva, révèle tout à son père.

Les conséquences sont alors dramatiques : interdiction de se revoir, déménagement… Tout est fait pour séparer Billie et Eva l’une de l’autre, pour repousser le spectre de ce qui est perçu à l’époque comme une « anormalité ».

Cependant, les deux héroïnes tentent de braver ces multiples interdits.Jusqu’au drame final… jusqu’au semblant drame final…

Ce récit m’a captivée au plus haut point. La narration évite – heureusement – tout cliché propre à la relation entre les deux femmes, et la pudeur est de mise. De plus, le lecteur se trouve happé par la double narration : celle de Billie dans les années 60, et celle de Billie dans les années 2000, au moment où elle s’apprête à retrouver son passé. Les deux temporalités se rejoignent habilement en un point d’orgue inattendu.

Belle et agréable lecture, que je conseille vivement.

Mémoire d’elles, T. Greeenwood, Éditions Bragelonne-Milady, 2014, 571 pages, 8.20 €.

 

Une uchronie réjouissante signée Pierre Léauté

Quel honneur lorsque Pierre Léauté, auteur prolixe et de qualité, m’a sollicitée pour lire son roman Mort aux grands !, publié aux éditions Le Peuple de Mu. Quel bonheur de recevoir mon exemplaire dédicacé, qui ne pouvait laisser augurer qu’une excellente lecture de son récit.

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Dès les premières lignes, j’ai été emportée par la très jolie plume de Pierre Léauté : style très littéraire, art de la formule. Premier argument absolu en faveur de Mort aux grands ! Ensuite, du fait de sa grande maîtrise de l’Histoire (le sieur est professeur d’histoire et de géographie), Pierre Léauté propose une réécriture on ne peut plus sympathique et sérieuse de l’issue de la Première Guerre Mondiale à travers son personnage principal Augustin Petit.

Ainsi, Augustin Petit participe, contraint et forcé, à la Première Guerre. Rescapé mais amoché, il en vient à l’idée – son leitmotiv – que les petits et grands tracas du monde sont le fait d’un seul et même coupable : les grands !

« – Ce ne sont pas les vieux, le problème, lâchai-je.

– Qui donc alors ?

– Les grands. […] Ils mangent comme quatre, se pensent supérieurs aux autres alors qu’ils sont la lie de la société. Pourquoi crois-tu que la France ait perdu la guerre ? […] Leurs têtes dépassaient des tranchées »

L’objectif d’Augustin est alors d’assurer la suprématie des petits bruns et d’éradiquer les grands, quels qu’ils soient :

« Peu me chalait cependant, j’étais de la race supérieure des vrais Français. Celle des petits bruns. »

Et Pierre Léauté de se lancer dans une réécriture réjouissante (et, même si uchronique, plutôt logique) de l’Histoire : Petit y rencontre Clemenceau, se bat en duel contre lui, et devient finalement Président pendant dix ans, en ayant soin d’asseoir la domination du PPP (Parti des Plus Petits), dont le symbole est le Poussin.

Cependant, il me semble qu’il faille voir, au-delà de cette sympathique uchronie (qui n’a pas été sans me rappeler les meilleurs passages des Fleurs bleues de Raymond Queneau), une réflexion sur la mise en place des dictatures et des lignes de pensée totalitaires. En effet, sous couvert de la vengeance et du rétablissement de ce qui est considéré comme de bon droit (les petits au pouvoir), Augustin Petit en vient aux dérives d’un autoritarisme qui éradique tout ce qui est grand.

« Toute ma vie, j’ai dû faire face à cette question existentielle. Qui veut me nuire ? Quel est mon ennemi ? J’ai vécu les années de ma prime enfance dans une petite ferme de Normandie. Mon père y élevait toutes sortes d’animaux de basse-cour. Aussi, lorsqu’il leur jetait des graines, seuls les plus forts et les plus vigoureux prenaient tout et se gonflaient la panse. Les laissés-pour-compte et les plus petits ne venaient picorer que ce que l’on avait bien voulu leur laisser après. Les poussins étaient servis les derniers. A la guerre, les grands se partageaient les grades et envoyaient au casse-pipe les troufions, la masse des valeureux sans lesquels pourtant nous n’aurions pas remporté tant de batailles. »

On est obligé d’y voir une relecture du totalitarisme nazi lequel, au nom de l’idéologie aryenne, en vint tragiquement à éradiquer tout ce qui n’était pas grand, blonds et aux yeux bleus. Considérez ainsi ce passage des Dix commandements contre la propagande ennemie que fait paraître Augustin Petit, afin de lancer un autodafé national :

« La langue française ne peut être maniée que par des bruns. Aussi notre identité nationale ne saurait souffrir plus longtemps les romans de Tolstoï et Pouchkine ni accepter Rabelais et ses histoires de géants. Que diable croyez-vous inculquer à nos chères petites têtes brunes ? Vous excitez chez nos enfants de bien mauvais penchants en leur contant les aventures du grand Meaulnes ! Et le petit Poucet ? N’est-il pas une plus saine lecture ? Alors, expurgez de vos foyers les livres suspects et nuisibles ! »

Relecture critique bien évidemment, puisque l’on ne peut que sourire lorsque Petit s’aperçoit qu’il a oublié d’expurger le Louvre de tous ses « grands » : « Pendant dix jours, les CC [Culottes Courtes] vidèrent les musées de Paris et de province des œuvres les plus licencieuses. Ils mesurèrent à l’aide de mètres les personnages de Poussin et de Vinci et quand l’artiste avait vu trop grand, on découpait les toiles ».

Par conséquent, le récit de Pierre Léauté, sous couvert de rehausser les petits (et ils sont nombreux : 1.63 m pour Louis XIV, 1.62 m pour Beethoven, 1.69 m pour Napoléon), souligne d’une plume délicieusement incisive les dérives idéologiques politiques. Dans l’idée, nous ne sommes pas loin de Matin brun, de Franck Pavloff. Mais dans tous les cas, Pierre Léauté est proche d’un succès mérité.

Avec Mort aux grands !, vive Pierre Léauté !

Mort aux grands !, Pierre Léauté, Éditions du Peuple de Mu, 134 pages, 12€.