Rentrée littéraire : ouverture réussie avec Amélie Nothomb !

Amélie Nothomb honore de sa plume chaque rentrée littéraire depuis des années. 2016 n’y coupe pas, et elle nous livre un bien joli conte moderne, intitulé Riquet à la Houppe.

 

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Récit palimpseste, puisque Nothomb y réécrit presque littéralement le conte de Perrault en faisant de Déodat et de Trémière ses personnages principaux, une bête et sa belle.

Déodat est le fruit tardif de la belle Enide et du charmant Honorat. Mais Déodat ne reçoit pas en héritage les gènes physiques de ses parents : il naît laid, absolument laid, et grandit bossu. Pour pallier à cette tare physique, Déodat révèle une intelligence hors-norme (soit un QI de 180), dévolue à sa passion des oiseaux.

Trémière est, telle une rose, magnifiquement belle. Problème : elle est sotte. Définitivement et absolument sotte. Ravissante idiote, elle se complaît dans la contemplation hébétée.

Amélie Nothomb crée son récit comme un entrelacement de l’enfance (doublée de l’historique familial) et de l’adolescence difficile de ces deux êtres, qui unissent en eux un défaut rédhibitoire et une qualité suprême.

On s’en doute très vite : ces deux êtres exclus ne peuvent que se compléter et trouver en l’autre de quoi pallier leur tare. Cette évidence est somme toute assez vite expédiée dans une scène de rencontre quasi finale. Mais non, « ils ne se marièrent pas et n’eurent pas beaucoup d’enfants » : pirouette intelligente d’un conte qui en réécrit un autre mais en évitant les clichés classiques.

Intertextualité évidente, mais que de trouvailles littéraires dignes de la plume d’Amélie Nothomb : prénoms improbables, pépites lexicales insolites  (« l’enfançonne »), réflexion éclairée sur la thématique des oiseaux…

Par conséquent, comme toujours, on ne peut que déplorer que les récits d’août d’Amélie Nothomb ne fassent qu’une centaine de pages. Goût de trop peu pour un récit succulent dévoré en à peine 2 heures.

Reste le plaisir, ce plaisir d’inaugurer la rentrée littéraire avec celle que je qualifierais de prêtresse de l’événement. Et rien que pour cela, elle peut nous garder sous son charme pendant au moins cent ans : nous serons des Aurore consentantes !

Riquet à la houppe, Amélie Nothomb, Albin Michel, 2016, 188 pages, 16€.

 

 

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