« Chanson douce », violent roman

J’imagine aisément qu’en faisant ma rapide critique du Goncourt 2016 (tellement mérité), je ne fais que gloser sur ce qui a été dit dans les magazines littéraires et les journaux. Néanmoins, Chanson douce, de la brillante Leïla Slimani, mérite son petit texte, tout modeste qu’il soit.

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L’oxymore de mon titre (hop là, ou comment glisser une jolie petite figure de style !) est totalement d’actualité, tellement on sent la violence monter de manière progressive tout au long du récit de Leïla Slimani, dans le cocon tout doux de Myriam et de Paul.

Myriam et Paul ont deux enfants. Myriam, qui a mis sa vie entre parenthèses au nom de l’enfantement et de la maternité, souhaite reprendre sa robe d’avocate. Reprendre une vie sociale qui ne la confine pas aux joujoux et aux gazouillements. Ce désir est rendu possible par l’embauche d’une nounou, Louise, qui se rend très rapidement indispensable au sein du foyer.

Mais cette dépendance – réciproque – s’avère rapidement toxique et les non-dits s’accumulent.

Leïla Slimani ponctue son roman d’indices pour nous amener à comprendre comment la scène inaugurale (le meurtre des deux enfants du couple) a pu se produire. Cette tension latente est cette chanson douce qui nous berce nous, lecteurs, jusqu’à la phrase lapidaire du dénouement.

Un roman coup de poing, merveilleusement bien écrit, que je ne peux que conseiller de toutes mes forces et qui se dévore en quelques heures seulement tellement il crée une addiction chez le lecteur.

Chanson douce, Leïla Slimani, Editions Gallimard, 227 pages, 2016, 18 €.

 

 

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Bienvenue en enfer : si les classes prépas m’étaient contées…

Rescapée d’une année d’hypokhâgne particulièrement éprouvante dans un prestigieux lycée de province de l’Ouest, le roman de Jean-Philippe Blondel, Un Hiver à Paris, m’a, dès les premières lignes, profondément remuée… Pari risqué que de se heurter aux souvenirs de sa propre expérience, j’ai tenu bon. Et que ce fut bon…

 

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Nous sommes dans les années 80. Jeune provincial en total décalage avec sa famille, le narrateur (dont on ne découvre le prénom – Victor – que très tard dans le roman) part pour Paris dans un lycée prestigieux : ses très bons résultats scolaires lui permettent d’accéder au Graal des études supérieures, à savoir les classes préparatoires littéraires.

Sa première année (dans le jargon des initiés : hypokhâgne) se passe dans l’indifférence la plus complète de la part de ses camarades et de ses professeurs. Une solitude subie, douloureuse, mais une première année franchie avec succès.

La seconde année (khâgne) débute sous le signe de l’été indien. Jusqu’au drame. Celui du suicide de la seule personne avec laquelle le narrateur avait échangé quelques mots depuis le début de l’année : une injure proférée en classe, une porte qui claque, une rambarde d’escalier franchie, un drame à son pied.

Ce suicide appartient certes au roman, mais il révèle aussi la réalité de ce que les étudiants vivent dans ces classes : une pression constante, un dédain social de la part des professeurs pour qui n’appartient pas à la caste des élus. Bref, une machine dont on peut sortir brisé, traumatisé…

Le narrateur subit de plein fouet le suicide de son camarade, mais il découvre alors que sa position au sein des relations estudiantines a changé. Un bénéfice à en tirer ? Sans doute… Nouvelles amitiés, nouveaux amours, nouvelles relations : et si la roue avait tourné ?

Le roman de jean-Philippe Blondel est assurément très fort : on en ressort bouleversé, mais peut-être aussi rassuré (le narrateur indique que sa volonté d’être prof est venue du fait de ne surtout pas être comme les odieux « c… » qui lui faisaient cours). Une plongée en enfer pour une issue salvatrice. Engouffrez-vous dans cet hiver…

Un hiver à Paris, Jean-Philippe Blondel, Ed. Buchet Chastel, 268 pages, 2015, 15 €.

 

 

Un enfant tant qu’il est temps…

Avoir un enfant… Le souhait, voire le rêve de la plupart des femmes. C’est celui, en particulier, de Jeanne, célibataire de 33 ans : avoir un enfant avant qu’il ne soit – physiquement – trop tard devient son obsession, une quête effrénée pour s’assurer une descendance que la rupture avec l’amour de sa vie a compromise…

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89 mois, l’excellent roman de Caroline Michel, se veut le décompte, mois par mois, de la recherche de conception d’un enfant. Tous les moyens y passent : coup d’un soir, plan arrangé avec le frère de la meilleure amie, rendez-vous désespérés auprès d’un gynécologue renommé…

Au-delà de ce tit-tac biologique dans lequel de nombreuses femmes pourront – peut-être – se reconnaître, se cache une réflexion sur ce que veut dire « avoir un enfant » aujourd’hui : est-ce le signe d’un accomplissement social et personnel ? Est-ce être « anormal » que de ne pas avoir d’enfant au-delà de la trentaine bien entamée ? Jeanne se veut l’archétype de la célibattante qui, comme Goldman l’a chanté il y a des décennies, « a fait un bébé toute seule ».

Ne croyez néanmoins pas au cliché : le roman de Caroline Michel a la grande qualité de faire dialoguer son héroïne avec ce bébé qui n’est pas encore fécondé. Cela donne lieu avec des pauses touchantes, émouvantes dans lesquels on saisit tout l’amour à revendre de Jeanne.

Alors, le décompte s’achève-t-il avec succès ou non ? Pour le découvrir, il vous faudra aller jusqu’à la page 282 de ce roman qui se dévore « tout seul » ! Perso, je guette avec impatience le prochain opus de cette brillante écrivaine.

89 mois, Caroline Michel, 282 pages, éditions Préludes, 216, 14.90 €.

 

 

Coming sooooon !

Bonjour à tous,

ces derniers mois m’ont laissée quelque peu silencieuse littérairement parlant, du fait d’une vie personnelle et professionnelle plus que remplie. Alors désolée pour ce manque de temps criant et surtout frustrant !

Néanmoins, les livres dévorés s’accumulent, et il est plus que temps que je revienne avec de savoureuses critiques.

Alors guettez le site : critics are coming soon !!!

debordee