Le bovarysme tendance Youporn avec Leïla Slimani : addiction !

Forte du coup de poing littéraire Chanson douce (voir article « Chanson douce », violent roman), il me fallait confirmer que Leïla Slimani a une écriture définitivement addictive. Verdict : je confirme. Ainsi, Dans le jardin de l’ogre, publié en 2014, a été dévoré en à peine trois heures. Redoutable Leïla Slimani, à la prose acérée et fluide.

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Adèle est journaliste. Elle est la maman (de loin…) d’un petit Lucien et elle bénéficie du confort domestique grâce à son médecin de mari Richard (oh, en voilà déjà des points communs avec ce cher Flaubert : un mari médecin, un enfant dont la mère ne s’occupe que par obligation…). Mais cette petite vie bourgeoise étriquée étouffe Adèle : elle rêve de passion, d’envolées amoureuses (revoilà Flaubert). Et surtout sexuelles…

Adèle trompe à tout-va son mari pour assouvir des pulsions sexuelles avec n’importe quel homme rencontré, dans n’importe quel lieu, jusqu’au limite de la pornographie. Autant dire que la chaste scène du fiacre roulant rideaux fermés dans tout Paris dans Madame Bovary est dépoussiérée jusqu’à l’os avec Leïla Slimani. Mais Adèle n’y peut rien : elle a besoin du sexe jusqu’à en être repue. L’addiction est confirmée.

Adèle va-t-elle mettre en péril son couple ? Richard va-t-il découvrir la double vie scandaleuse de son épouse ? Peut-on pardonner l’adultère lorsqu’il est mû par des pulsions qui dépassent l’entendement ?

Leïla Slimani brasse ces questions jusqu’à l’obsession. Fabuleux moment de lecture, où là aussi, comme dans Chanson douce, elle nous plonge dans un moment de la vie domestique, mais où l’impensable peut survenir de manière tout à fait insidieuse.

Vivement le prochain Slimani !

Dans le jardin de l’ogre, Leïla SLIMANI, Folio Gallimard, 2014, 228 pages, 7.20 €.

 

 

 

 

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Un moment de lecture rêvé avec Angela Huth

Je crois que vous commencez à le comprendre, mais j’apprécie particulièrement la littérature anglo-saxonne (au point que j’ai longuement hésité après une année de classe préparatoire entre Anglais ou Lettres Modernes : la littérature concilie heureusement cela !). Par conséquent, j’ai découvert (sans doute tardivement) et dévoré (absolument rapidement) l’exquis récit de l’Anglaise Angela Huth La Vie rêvée de Virginia Fly, paru en 2017.

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Virginia est professeur de dessin dans une école pour filles. Trentenaire, elle habite encore chez ses parents. Vierge à plus de trente ans, elle rêve d’un ténébreux amant qui lui ferait découvrir les délicieux frissons de l’amour.

Pour répondre à ce doux fantasme, Virginia a sous la main son potentiel aspirant, Charlie, qui vit aux États-Unis qu’elle n’a jamais vu, leur relation n’ayant été rien d’autre qu’épistolaire pendant 12 ans. Son unique ami est le professeur de musique Hans, de plusieurs années son aîné, avec lequel elle fait ponctuellement quelques concerts : rien qui ne laisse imaginer une quelconque incursion de l’amour sauvage.

Mais le destin en a-t-il décidé autrement ? Charlie décide de venir ENFIN retrouver Virginia ? Sera-ce la confirmation de leur relation, avec à la clé un mariage ? Le professeur ne peut-il rester qu’ami ? Quand les caméras d’une émission TV racoleuse (type « C’est mon choix » ou « Tellement vrai » pour l’équivalent français autour du thème « Trente ans et toujours vierge ») descendent chez Virginia, est-ce le début de sa gloire ?

Roman de l’espoir et de la désillusion (oups, je ne peux pas ne pas donner d’indices !), La Vie rêvée de Virginia Fly nous confronte à cette terrible dichotomie entre nos rêves et la réalité. Au final, comment faire pour que nos rêves tendent à devenir réalité, ou la réalité se parer de rêves ?

Lisez ce livre, absolument !

La Vie rêvée de Virginia Fly, Angela HUTH, Quai Voltaire, 2017, 218 pages, 21€.