Loading… Lecture (conséquente) en cours !

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Lecture merveilleuse du remarquable récit de Nathan Hill : Les fantômes du vieux pays (Gallimard). Étant donné le nombre conséquent de pages et un emploi du temps bien rempli, vous comprendrez le délai attendu pour la prochaine chronique. Patience !

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Rentrée littéraire en « beauté » : « Tu seras ma beauté », Gwenaële Robert

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Lisa rencontre lors d’un salon du livre à Saumur l’écrivain à succès Philippe Mermoz. Lisa, professeur d’EPS dans un lycée, y est venue afin d’obtenir une dédicace de l’auteur pour sa mère alitée. Charmé par le physique très avantageux de cette pseudo-lectrice, Philippe Mermoz donne son adresse à Lisa. Seulement, cette dernière est bien ennuyée à l’idée de se contraindre à rédiger des lettres manuscrites pour réussir sa parade amoureuse.

Elle a alors l’idée de demander à sa collègue de lettres, Irène Combier, d’écrire les lettres à sa place.

Irène, classique et rigoureuse enseignante évoluant dans la bourgeoisie notariale de la ville de Saumur, hésite. Après avoir tergiversé, elle accepte finalement : n’est-ce pas là une formidable occasion de se livrer à la plus pure tradition épistolaire amoureuse inaugurée des siècles avant par Rousseau ou Laclos ?

La beauté et l’esprit. Quelle généreuse imposture ! Quelle sublime supercherie ! Et si l’auteur convoité se laissait prendre ? Malgré les dénégations de Lisa, elle ne peut s’empêcher de songer aux suites d’une telle mystification. Mais peut-être accorde-t-elle trop d’importance au charme des mots. Des siens, surtout. Au fond, ce sera un test. Elle saura alors si elle a eu raison de conférer à sa plume le pouvoir qu’elle lui suppose. Et il sera toujours temps de se retirer sans bruit, de retrouver la coulisse avec, quelque part dans un coin obscur de son cerveau, la conscience claire qu’elle dispose d’une arme, d’un sortilège dont elle pourra user en d’autres circonstances, plus avouables peut-être… (p.33)

L’échange commence. Irène se prend très rapidement au jeu et en vient à ne plus penser qu’à cela, guettant chaque jour la lettre de réponse de Mermoz.

Elle sent dans cette correspondance battre le pouls de sa vraie vie, tandis que le reste, le temps ordinaire, la prose des relations sociales lui apparaissent plus que jamais comme une vaste illusion partagée par tous, où chacun demeure à la surface de soi-même. (p.83)

Alors elle écrit. Souvent. Tous les jours. Et davantage, presque. Elle a toujours une lettre d’avance, deux, trois parfois. Elle les conserve dans le tiroir de son bureau. Quand arrive la réponse de Mermoz, elle recommence. Détruit les dernières missives devenues périmées, en écrit une autre, plus ajustée à la lettre reçue. (p.93)

Seulement, la sportive Lisa s’impatiente de cette correspondance qui s’étire et dans lequel elle ne joue aucun rôle : il est temps d’accélérer pour le sprint final qui la conduira dans le lit de Philippe Mermoz. Mais Irène ne conçoit plus d’arrêter cette correspondance, devenue intime et sublime : elle perdrait son destinataire privilégié ? Irène devient folle : en est-elle venue à aimer Philippe Mermoz au-delà de son simple goût pour la correspondance ? Le jeu de rôles n’est-il finalement pas devenu dangereusement addictif ?

J’ai dévoré ce premier roman de la malouine Gwenaële Robert en à peine trois jours : une plume brillante, des références littéraires qui trahissent aisément son métier de professeur de lettres, une réflexion sur le miroir et le masque que représente la littérature, la capacité de créer du sublime dans un univers tout ce qu’il y a de plus banal et quotidien… Autant de qualités qui en font un excellent roman de la rentrée littéraire. Madame Robert, vous serez un auteur à suivre !

Tu seras ma beauté, Gwenaële ROBERT, éd. Robert Laffont, 2017, 220 pages, 18 euros.

« Loin du corps » de Léa Simone Allegria : joie du cœur de ses lecteurs

Il est de ces découvertes littéraires qui enchantent : celle de Loin du corps, premier roman de Léa Simone Allegria publié au premier trimestre 2017, en est une.

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Adrienne est une brillante étudiante en Arts à l’École du Louvre. Elle entame ainsi son MASTER sur le thème des Vénus profanes en peinture. Mais sa force et sa richesse intellectuelles pallient la faiblesse de son cœur et de son corps : pleine de regrets d’avoir refusé la demande en mariage de son amoureux, Sandro, Adrienne se meurt physiquement en se privant de nourriture et en s’automutilant.

Un espoir lui est donné lorsqu’elle est un jour repérée dans la rue par un chasseur de têtes : Adrienne rejoint l’agence Muse Models, et devient rapidement une mannequin en vogue. Pour celle qui cachait et malmenait son corps tandis qu’elle scrutait les corps exposés des femmes dans les musées, c’est une nouvelle situation, une véritable occasion de possible réappropriation de son corps à travers le regard des autres. Mais est-ce réellement possible ? L’asservissement physique au bon vouloir d’un créateur souvent tyrannique peut-il s’effacer face à la surexposition du corps ?

« Je veux me débarrasser de mon corps ; le transformer en objet de vénération. Non, je ne veux pas être une déesse. Ou peut-être que si. Qu’est-ce que ça peut te faire ? Pourquoi le corps de la femme devrait-il être caché ? […] Je veux savoir à quel point je peux me défaire de ma propre image. Voilà. Je veux donner mon corps aux autres. (p.117-118)

Réflexion sublime sur le corps (que l’on montre, que l’on cache, que l’on modèle), le récit offre une intéressante description de la mode côté coulisses, sans effusions pailletées et glam’ traditionnelles : à travers le regard et la voix d’Adrienne, la narration qui en est faite est froide, tel un scalpel mutilant les corps offerts.

Quant à Adrienne, une déconcertante héroïne, dont on sent le profond désespoir intérieur, la malaise d’être déchirée entre l’objet de son désir et le constat froid, désabusé, de ce caprice. « Pauvre petite fille », serions-nous tentés de dire… Adrienne est peut-être « loin de son corps », mais la réappropriation de son cœur est tout aussi lointaine et incertaine…

« Tout ce qui nous occupe est vain et relatif. Dans un monde absurde dont tu t’acharnes à trouver le sens, tu ne dois te battre qu’avec tes propres fantômes. Nos croyances se croisent et s’entrechoquent. » (p.176-177)

Pour résumer, un brillant premier roman, très bien écrit, et qui souffle le chaud et le froid sur le lecteur quant à son adhésion au cas Adrienne. Chère Mlle Allegria, vivement une prochaine « joie » à vous lire !

Loin du corps, Léa Simone Allegria, éd. Seuil, 2017, 267 pages, 18 euros.