« Ô Pulchérie » : un conte moderne fantaisiste à croquer !

Imaginez un couple adopté par tout un petit village parce que la dextérité culinaire de Monsieur ressuscite la vie de Saint Eloi et la descendance de Madame régénère la population vieillissante du bourg : c’est ce qu’imagine avec une fantaisie délicieuse Nathalie Sauvagnac dans son roman Ô Pulchérie.

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Norbert et Sylviane arrivent à Saint Eloi – un village que l’on devine aisément du Nord – parce que la grand-mère de Sylviane, « la Morte », vient de passer de vie à trépas. Au cours d’une pause entre deux condoléances, Norbert se met à préparer un petit en-cas : les effluves qui s’en échappent ravissent d’extase les habitants du village. C’est décidé : le couple ne doit plus repartir !

Pour cimenter leur installation, la très languide et cornélienne Sylviane conçoit coup sur coup quatre enfants, dont l’éducation va revenir à la population de Saint Eloi : voyez là une offrande humaine des plus insolites. Ainsi, Pulchérie, Martian, Nicomède et Albiane deviennent successivement les emblèmes humains du village, constamment contentés, jamais frustrés, perpétuellement adoubés par la considération populaire.

Le microcosme familial, soigneusement décrit, tourne néanmoins volontiers autour de la belle Pulchérie, figure fascinante, louve lascive qui laisse une empreinte permanente malgré la fugacité de ses apparitions.

« La musique soulignait à qui voulait l’entendre, et Pulchérie voulait l’entendre, que ces frêles jeunes filles étaient des reines, des stars, marchant sur un parterre d’hommes courbés vers le mystère infini de la culotte féminine.

Elle serait la reine. Celle qui fait chuchoter les femmes et se taire les hommes. » (p.25)

Nous suivons sur plusieurs années la famille Lecoeur jusqu’au jour où, lors de la finale de majorettes, la confiance de Pulchérie est ébranlée par un incident inimaginable : l’équilibre de la famille et du village peut-il survivre à pareil coup du sort ?

Ce récit est pétri d’une folle fantaisie à laquelle on croit, malgré des invraisemblances que l’on accepte volontiers, telles une enfant parler avec sa grand-mère défunte au cours de célébrations mystiques, la dite Morte parler hors de son cadre fixé au mur, Martian devenir brutalement aveugle à une terrible annonce… C’est que ce roman réutilise avec intelligence plusieurs ingrédients de contes pour en livrer une version moderne, fraîche et littérairement convaincante : l’abandon des parents et les enfants livrés à eux-mêmes, la figure de Rodolphe en prince, la population du village transformée en autant de bonnes fées sur le berceau d’une Aurore du bâton..

Je note que l’écriture de Nathalie Sauvagnac est très visuelle : le phrasé y est sans fioriture et donc très efficace. Le récit demeure une belle trouvaille de par sa grande inventivité, laquelle auréole chaque personnage de papier.

A découvrir sans tarder pour un plaisir réjouissant !

Ô Pulchérie, Nathalie SAUVAGNAC, éd. Denoël, 2018, 158 pages, 17 €.

Roman gracieusement envoyé par le service de presse des éditions Denoël.

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