« La mère parfaite », Aimee Molloy : comme la femme parfaite, elle n’existe sans doute pas. Et c’est tant mieux.

Colette, Francie, Nell, Winnie, Scarlett et quelques unes encore sont de jeunes femmes qui habitent à Brooklyn. Outre ce point commun, ce sont toutes de jeunes mamans qui font partie d’un groupe, « Les Mères de mai ». Ainsi, chaque semaine, elles se rejoignent dans un parc près de chez elles pour échanger autour de leurs bébés, de leurs questions, de leur expérience. Chacune trouve auprès des autres conseils et réconfort dans cet apprentissage d’être mère.

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Seulement, la vie de maman n’a rien d’une sinécure : entre les tétées, les rendez-vous divers et variés pour le bébé, les nuits incomplètes et la reprise du travail pour certaines, les jeunes femmes sont au bord de l’épuisement et elles ne goûtent guère au plaisir de prendre le temps de penser un peu à elles.

Alors, faisant fi du regard d’autrui, elles ont une idée : s’octroyer un peu de bon temps en se retrouvant un soir de juillet dans un bar entre filles, sans bébé.

« Je mérite bien de sortir comme n’importe qui d’autre. Je mérite de m’amuser. Pourquoi dois-je toujours être celle qui reste à la maison, obsédée par le bébé, quand toutes les autres mères du monde semblent n’avoir aucun problème à sortir célébrer un jour férié et boire un verre ou deux ? On dirait qu’elles naviguent sans effort dans ce nouveau monde. Elles sont si calmes. Si confiantes. Si parfaites, putain. » (p.101)

Seulement, ce qui devait être une parenthèse pétillante tourne au cauchemar : au retour de la soirée, Winnie découvre avec horreur que son fils Midas a été enlevé, malgré la présence de la baby-sitter.

Ce fait divers devient viral et le cas « Midas » affaire nationale. Si le maire et la police s’activent pour retrouver le bébé, les amies de Winnie tiennent elles aussi à comprendre comment la soirée a pu dégénérer de la sorte.

Seulement, si, pour les besoins de l’affaire, le passé de Winnie refait surface, Colette, Francie et Nell ne sont pas épargnées et leurs propres failles, présentes ou passées, sont exhumées. Rapidement, la suspicion grandit : est-ce un prédateur qui aurait enlevé Midas ? Winnie elle-même aurait-elle pu fomenter pareille horreur ? Qui ce soir-là a profité de l’absence de la jeune maman pour enlever son bébé ?

« Est-ce qu’on se connaît vraiment toutes autant que nous sommes ? » (p.205)


La mère parfaite est un très bon thriller qui, indubitablement, ménage le suspens du coupable jusqu’au bout, en travaillant savamment les voix narratives. Un procédé à la fois simple et astucieux qui leurre à la perfection le lecteur !

Au-delà de ce bon moment de lecture, retenons le regard porté par la société sur le fait d’être mère aujourd’hui : qu’est-ce qu’être une bonne mère ? Est-ce forcément allaiter ? Est-ce stimuler jusqu’à l’excès son bébé ? Est-ce  capable d’être à la fois mère, amante et salariée en menant les trois rôles de front ? Est-on une mauvaise mère si l’on s’accorde une soirée arrosée en solo ? Aimee Molloy dénonce très justement la pression qui pèse sur chaque nouvelle mère : la pression physique de perdre rapidement les kilos accumulés pendant la grossesse ; la pression physique du conjoint pour relancer les relations conjugales ; la pression sociale de concilier vie professionnelle et vie privée… La liste est loin d’être exhaustive, mais dans le récit, toutes ces exigences intimes et sociétales sont mises en exergue. Résultat : des femmes qui se sous-estiment, qui jaugent les bébés des autres pour en venir à la conclusion que les autres font beaucoup mieux qu’elle…

« Depuis qu’elle avait rejoint les Mères de mai, elle avait l’impression d’être complètement à côté de la plaque – voire dans une véritable imposture – par rapport aux autres femmes qui paraissaient toutes avoir attendu depuis toujours de devenir maman. » (p.89)

La mère parfaite est sans doute celle qui montre son humanité, c’est-à-dire ses failles, légitimes et rassurantes.

Un roman haletant, redoutable, et un certain regard sur les femmes : voilà un livre parfait pour l’été !


La mère parfaite, Aimee MOLLOY, traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle Aronson, éditions Les Escales (noires), 2018, 375 pages, 21.90€.

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Un commentaire sur “« La mère parfaite », Aimee Molloy : comme la femme parfaite, elle n’existe sans doute pas. Et c’est tant mieux.

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  1. Bien sûr, la mère parfaite n’existe pas (tout comme les parents parfaits, d’ailleurs !). Il est vrai que, dans notre pays aussi, les pressions existent (directes ou indirectes). Très intéressée par ce sujet, même s’il reste très « américain » dans ce livre !!! 🙂

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