A dévorer !

« Quadrille », Inès Benaroya : noire insolation…

QuadrilleAlors qu’Ariane, Pierre et leurs deux enfants Jeanne et Guillaume sont en vacances sur une île en Grèce, ils font la connaissance de Salva et Viola Sainte Rose, ainsi que de leurs enfants Tallulah et Jonas.

Une simple rencontre fortuite débouche sur une invitation dans la gigantesque propriété des Sainte Rose. D’un simple apéritif cordial, le séjour se transforme en cohabitation, puisque très rapidement les Sainte Rose demandent aux vacanciers de venir s’installer chez eux.

Tels des papillons aveuglés par la lumière qui irradie du fantasque Salva et de la charismatique Viola, Ariane, Pierre et leurs enfants se laissent subjuguer par le mode de vie éthéré de leurs nouveaux amis, et une sourde influence commence progressivement à faire vaciller leur socle familial apparemment bien établi jusque là.

« Si j’avais été superstitieuse, j’y aurais vu un signe, mais j’avais cessé de prêter aux événements ou aux objets la moindre signification au-delà de leur nécessité. Le hasard régissait les faits, du moins c’est ce que je voulais croire, et le hasard n’a pas de mémoire. » (p.11)

Cinq ans plus tard, le traumatisme de cet été incandescent demeure (à) vif : que s’est-il passé pour que la famille vole en éclats ? A quoi chaque membre a-t-il goûté pour en être à ce point altéré ? Le futur d’Ariane ne peut-il advenir qu’en se confrontant de nouveau au passé ?

« Si j’avais pu me satisfaire autrement, nous serions encore ensemble, tous les quatre à nous ennuyer gentiment. » (p.23)


Quadrille est définitivement un roman prodige par la grande qualité narrative de chaque page. De plus, chaque chapitre alterne entre ce fatal été et le présent, cinq ans après. S’ajoutent de multiples flashbacks de l’enfance et de la jeunesse d’Ariane pour mettre en perspective son histoire. Fil détendu, parfois emmêlé, d’une vie où un Minotaure kaléidoscopique, dangereux, sulfureux, addictif, rôde dans le labyrinthe émotionnel et relationnel de la jeune femme.

« Impossible de nous arracher au tourbillon. Nous sommes emportés par les démonstrations d’attention, les mets délicieux, la grâce inouïe de ces quatre-là. » (p.50)

« Il suffit de tirer le bon fil pour enfin venir à bout du dédale. » (p.265)

Le goût de l’interdit et l’interpénétration sociale sont les deux principaux enjeux du récit, dans la mesure où ce sont eux qui influencent et scellent le destin familial d’Ariane et de Pierre. La première invitation des Sainte Rose donne le ton de tout le roman et donc le pas de danse de ce quadrille tragique : celui d’hésiter, de succomber puis de s’abandonner. Le sulfureux affleure, mais à chaque fois pondéré par le pragmatisme d’un quotidien à reconstruire.

« La fantaisie s’étend comme une eau sombre et emporte biens et personnes sans faire de distinction. Elle a tôt fait de nous recouvrir tous les quatre. » (p.99)

Quadrille est un roman idéal pour se laisser aller à une danse littéraire inédite et de haute volée.

« Deux et deux qui font un, nous voilà fondus dans un seul et même flux frissonnant, oublieux de notre finitude, enfin libérés des contours. Le secret se révèle, écoute, il est possible de sortir de soi, ça chante à mes oreilles, abandonne-toi, la peur, quelle peur ? Il n’y a plus de cercles, plus de limites, aucune forme qui tienne, les plafonds crèvent et les trappes s’ouvrent, tu voles, ou tu sombres, c’est selon. » (p.164)


Quadrille, Inès BENAROYA, éditions FAYARD, 2020, 285 pages, 19€.

 

8 réflexions au sujet de “« Quadrille », Inès Benaroya : noire insolation…”

    1. Roman prodige !? Je suis complètement passée à côté… pour moi le scénario est cousu de fils blancs, presque à la limite du harlequin narcissique et hautain. Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi décevant…

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