A dévorer !

« Liv Maria », Julia Kerninon : liberté chérie, je suis ton nom

Liv Maria est le fruit de l’union atypique de deux âmes belles et taciturnes : sa mère est une insulaire ancrée dans sa terre, et son père est un Norvégien jamais reparti dans son pays. Une enfance au grand air, privilégiée grâce au contact de la nature et l’amour des livres, nombreux, que son père lui insuffle tranquillement mais sûrement.

Le glas de l’âge d’or de Liv Maria sonne le jour où un homme tente de l’agresser. Ses parents l’envoient séance tenante rejoindre la sœur de son père, à Berlin. Là-bas, la jeune femme, encore adolescente, scelle son cheminement initiatique avec l’étape clé de la découverte de l’amour. Seulement, l’identité de l’amant qui a jeté son dévolu sur elle ne sera pas sans conséquence pour sa vie à venir…

« une bénédiction peut aussi devenir une blessure impossible à cicatriser, épaisse et dure comme du cuir. » (p.69)

De fait, toute la vie de Liv Maria semble mue par une dynamique du couperet : chaque élan, aussi heureux et positif soit-il, est brutalement interrompu, qu’il s’agisse de la mort ou de l’accident. Alors, son rebond se fait géographique, et Liv Maria voyage et se réinvente.

« Il la tenait pour acquise, alors. Il avait tort. » (p.267)

La rencontre avec Flynn, un bel Irlandais, semble mettre un terme à l’itinérance de la jeune femme. Mais l’Irlande, qui s’annonce comme l’étape ultime du parcours de Liv Maria afin d’y fonder une famille, ouvre une boucle terrifiante avec son passé. Si terrifiante que Liv Maria est pétrifiée entre l’inertie mutique et l’envie de fuir : la vie peut-elle lui donner la chance de se réinventer, encore une fois, sans détruire tout ce qu’elle a autour d’elle ?

« Si elle n’était pas entrée dans cette maison, si elle avait choisi de reculer à cet instant précis – elle n’aurait jamais su ce qui l’attendait là. » (p.145)


Le roman aurait pu s’appeler Les 1001 vies de Liv Maria, car il est une belle démonstration de la capacité de l’être humain à s’affranchir des contingences pour suivre son intuition et vivre de sa liberté à disposer de soi. Le récit questionne les carcans qui enferment et tendent à définir notre identité au-fur-à-mesure de notre parcours de vie. Et Julia Kerninon de poser cette question sur le mode de la restriction : « N’est-on que ce que la société nous demande d’être (une fille, une maîtresse, une épouse, une mère…) ? »

« Que saisissons-nous des gens, la première fois que nous posons les yeux sur eux ? Leur vérité, ou plutôt leur couverture ? Leur vernis, ou leur écorce ? Avons-nous à ce moment-là une chance unique de les percer à jour, ou est-ce que cet espoir est absolument vain, parce que le premier regard passe toujours à côté de ce qui est important ? » (p.54)

Julia Kerninon travaille également beaucoup la temporalité, multipliant les prolepses et donnant alors à certains passages le sceau de la fatalité, que nous lecteurs saisissons pleinement lors de l’arrivée de Liv Maria en Irlande.

« Comment se tenir là, dans cette vie, avec le souvenir de toutes ses autres vies contradictoires ? » (p.264)

Formidable conteuse, l’écrivaine nantaise intègre dans son roman ses thématiques de prédilection : Berlin, les livres et la littérature, la rencontre amoureuse. Autant de topoï propres à l’écrivaine que l’on a plaisir à retrouver, de récit en récit, menés avec l’élégance caractéristique de ses mots.

Dans tous les cas, on a là un très beau portrait de femme, vivante, libre et fougueuse. En un mot : une héroïne.


Liv Maria, Julia KERNINON, éditions L’Iconoclaste, 2020, 271 pages, 19€.

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