A croquer

« Dernière soirée entre filles », Catherine O’Connell : la fête est finie ?

Annonçons de suite la couleur : ce roman est parfait pour un temps de détente estival, sur la plage ou dans un transat à la campagne. Point d’ambition littéraire digne de ce nom (le dénouement s’avère légèrement fourre-tout), mais une intrigue légère que les dames et les demoiselles ne renieront pas !

« Le contrôle de ma vie m’échappait au point que je me faisais l’effet de m’observer à distance, suspendue au-dessus de ma pauvre enveloppe corporelle. » (p.134)

Nous sommes dans les années 80. Maggie doit se marier dans quinze jours avec l’irréprochable Flynn. Bien évidemment, ses plus proches amies lui ont organisé une soirée d’enterrement de vie de jeune fille digne de ce nom, en commençant la soirée chez Carol Anne, puis dans un bar. L’alcool y coule à flots, et l’une d’entre elles, Angie, se laisse aller allègrement à son péché mignon poudreux. Malheureusement, la nuit ne va pas suivre un cheminement si festif : d’un côté, Maggie va commettre une grosse bêtise en faisant une rencontre fortuite, tandis qu’Angie sera retrouvée morte dans un parc au petit matin.

« J’ai commis une grosse erreur. Je suis très amoureuse de quelqu’un que je m’apprête à épouser et ce que j’ai fait est mal, très mal. » (p.19)

« La nuit dernière a été un cauchemar. Maintenant Angie est morte et moi j’ai ce truc horrible sur la conscience. Tout ça me semble irréel. » (p.94)

Tremblement pour les cinq amies : le petit monde de Suzanne, Natasha, Carol Anne, Kelly et Maggie vacille sur ses fondations. Bien évidemment, la police est de la partie, en la personne de deux inspecteurs un peu bourrus. Qui a pu tuer Angie ? Suzanne l’avait déposée chez elle cette nuit-là, mais est-elle ressortie ? A-t-elle fait une mauvaise rencontre ?

« Je vais vous dire la vérité, moi : il y a toujours quelqu’un qui attend de vous baiser. Si la vie m’a bien appris une chose, c’est qu’on a intérêt à garder un œil et une main sur ce qui nous appartient, parce que dès qu’on relâche notre attention, on peut être sûr de se le faire voler; » (p.192)

Le double point de départ du roman (l’adultère de Maggie, le meurtre d’Angie) est aussi et peut-être surtout le prétexte à une galerie de portraits des différentes amies de la future mariée : une évocation de leur passé, souvent tourmenté ; une description de leur présent, avec des choses à cacher. En d’autres termes, le récit fourmille de lignes, de fils, de thématiques (alcool, adultère, homosexualité refoulée, féminisme, deuil impossible)… Un ensemble cohérent dans sa lecture, soyons clairs, mais sans doute trop riche pour une crédibilité absolue, surtout lorsque l’on sait que l’action est supposée se passer dans les années 80. Pourtant, ce qui m’a gênée, c’est que l’on retrouve tous les poncifs féminins de la littérature feel-good actuelle, et que ça ne peut correspondre totalement à l’ambiance eighties.

« Existait-il une seule personne véritablement heureuse ? » (p.246)

Les rebondissements vont bon train, et c’est ce qui en fait un roman qui se lit aisément, sans chercher plus. Mais sans doute est-ce déjà pas mal…

« qu’est-ce qui ne tournait pas rond chez ces femmes ? Y en avait-il seulement une parmi elles qui leur ait dit la vérité ? » (p.265)


Dernière soirée entre filles, Catherine O’CONNELL, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Bourgeois, éditions ALBIN MICHEL, 2020, 381 pages, 19.90€.

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