A croquer

« Elle voulait juste être heureuse », Géraldine Dalban-Moreynas : à quoi tient le bonheur ?

Trouver le bonheur. Une noble prétention commune à l’ensemble de l’humanité. Mais que faut-il pour l’atteindre ? On croirait là le sujet d’une épreuve de philosophie, mais telle est la question que pose Géraldine Dalban-Moreynas dans son nouveau roman, vivement attendu, à travers une tranche de vie, sise entre 2015 et 2020, d’une héroïne seulement nommée lors du dénouement, à savoir une certaine… Géraldine.

Ainsi, la quarantenaire peut se targuer d’avoir réussi professionnellement : bien implantée et fortement respectée dans le monde parisien de la communication, son activité a pignon sur rue et l’argent est loin d’être un problème pour elle. Seulement, l’ennui guette : comment trouver un nouveau souffle à quarante-cinq ans pour vivre sa vie sociale et professionnelle plus vivement, plus intensément ? Quels nouveaux challenges se fixer ? Faut-il être prêt(e) à se brûler les ailes pour connaître l’exaltation grisante d’une nouvelle réussite ? Cette ambition, notre protagoniste l’expérimentera et l’éprouvera dans trois villes différentes, lumineuses et bruyantes chacune à leur manière : Marrakech, Paris et New-York.

Mais le succès professionnel suffit-il ? Il semblerait bien que non. Ainsi, notre maman solo d’une petite Milly espère trouver, de nouveau, l’amour. Les bras d’un homme qui saura lui insuffler une nouvelle vie sentimentale. En 2015, elle le rencontre, lui.

« Elle sait que c’est foutu. Elle est à lui. » (p.30)

Osmose immédiate, emménagement à cinq dans une nouvelle maison, carte de vœu idyllique d’une famille recomposée. Las, le bonheur dure le temps d’un feu de paille et, sans prévenir, il la quitte, la ghostant littéralement.

« N’importe qui aurait vu la faille. Le risque. La fragilité. Pas elle. » (p.35)

« Ne voit-elle rien ou ne veut-elle rien voir ? Non, elle ne voit rien. » (p.40)

« Elle se perd. Elle se noie. Le nous tue le je à petit feu. » (p.44)

Géraldine souffre, se meurt : sans lui, elle n’est plus rien, la vie lui parait insipide. Le travail ne suffit pas à la détourner de son tourment. Peut-elle espérer une autre rencontre ? Doit-elle / faut-il craindre que le scénario de l’abandon se reproduise ? La bonne volonté à s’investir, entière, corps et âme, a-t-elle ses limites ?

« Elle enrage de se sentir en cage, de ne pas parvenir à changer de vie. » (p.143)

Portrait et parcours d’une femme en quête de son épanouissement amoureux, Elle voulait juste être heureuse interroge la possibilité de l’humain à être comblé, absolument, totalement. La détresse, perceptible à de nombreuses reprises, laisse aussi ponctuellement place à la détermination, entière, farouche, d’une héroïne meurtrie et bafouée en son cœur. La complétude est-elle atteignable ? Si oui, à quel prix ?

« Je ne veux pas dormir, je veux me réveiller. Je n’ai pas besoin de cachets, j’ai besoin de projets, de savoir quoi faire de ma vie. […] Mon job m’emmerde, ma vie sentimentale est un fiasco, je sais, ça n’a jamais été une grande réussite, mais là je touche le fond. » (p.101)

« Elle ne compte plus les fois où elle s’est dit qu’il allait falloir de nouveau aller de l’avant. » (p.197)

Géraldine Dalban-Moreynas signe de nouveau un très beau récit de femme, récit plein et entier.

« J’ai besoin de prendre de l’émotion dans la gueule pour sentir que je suis vivante. » (p.199)

Ma seule réserve concerne les dialogues : les répliques s’échangent, mais les interlocuteurs ne sont pas nommés. Ainsi, au lecteur de deviner à qui renvoie telle ou telle parole. Un choix pas foncièrement rédhibitoire, mais qui me laisse songeuse quant à cette parole quasi-désincarnée.


Elle voulait juste être heureuse, Géraldine DALBAN-MOREYNAS, éditions ALBIN MICHEL, 2021, 219 pages, 17.90€.

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