A dévorer !

« Lola doit mourir », Bruce Benamran : clic littéraire sur le cyberharcèlement

Une vague de suicides semble déferler sur la France. A priori, les cas n’ont rien en commun, car les victimes n’ont aucun lien précis entre elles et les motivations respectives sont bien différentes. Pourtant, un fil ténu mais solide rattache chacune d’elles à une entité : un certain Charon, entité virtuelle rencontrée sur un site Internet, « Les Amoureux du voyage » et qui, quelques minutes avant le passage à l’acte, était en ligne avec la victime.

« C’est un site pour les suicidaires, ça oui, et pour les aider, oui aussi. Mais pour les aider… à se suicider. » (p.31)

Le problème, c’est qu’aucune trace des conversations n’émerge. Qui est ce mystérieux Charon ? Est-ce que, tel le gardien des Enfers, il s’agit d’une personne conduisant au royaume des Morts quiconque est candidat au suicide ? Si tel est le cas, ce Charon virtuel est-il un psychopathe, un tueur en série qui se délecterait du cheminement funeste d’âmes en peine, pour les mener tranquillement mais sûrement jusqu’au saut final ?

« A priori, on court après quelqu’un qui pousse au suicide, ou qui assiste aux suicides comme spectateur. » (p.234)

Ces questions, le lieutenant Marion Lambert et son « bleu » Etienne Morna sont amenés à se les poser lorsqu’une jeune femme, Lola, vient porter plainte pour des messages inquiétants reçus lors de ses « lives ». Si la police semble au début dubitative – il faut dire que la jeune femme gagne sa vie comme modèle de charme en ligne à travers des photos et des vidéos plus qu’explicites -, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que Lola réellement en danger : c’est bien Charon qui s’est adressé à elle.

« Ce Charon en avait après elle, et elle ne savait pas comment réagir. » (p.94)

Entre mise en relation des victimes entre elles, traçage des pistes informatiques et virtuelles, la quête policière est effrénée. Sera-t-il possible de mettre la main sur un coupable virtuel ? Qui se cache derrière cet avatar virtuel de Charon ?

« La vérité, c’était que Charon y prenait énormément de plaisir, trop sans doute. » (p.141)

Outre le plaisir de lire un bon thriller, j’ai aimé la densité informationnelle autour du monde des réseaux. Ainsi, Bruce Benamran décortique les mécanismes de codage à l’œuvre dans la vaste toile numérique. Autant le dire, c’est parfois ardu, car le jargon informatique est bien évidemment spécifique. Pourtant, le récit se veut éclairant sur le mécanisme de viralité que bien souvent l’on constate sur les réseaux.

Forcément, on frémit : le dark Web, les trolls et autres utilisateurs de l’ombre ou animés de sombres desseins sont là, bel et bien là. Et Bruce Benamran d’envisager son récit comme didactique : prudence lorsqu’il s’agit de surfer sur Internet, d’afficher sa vie en ligne ou de demander des requêtes absurdes. On peut vous vouloir du mal, triste réalité. Alors garde au cyberharcèlement qui, hélas régulièrement, conduit tout droit au suicide.

« La misère des autres avait le don de lui redonner le sourire. » (p.262)

Lola doit mourir constitue un très bon récit critique sur les dangers d’Internet, des réseaux sociaux et il met intelligemment en garde quant à l’identité des utilisateurs cachés derrière leur écran. Car après tout, n’est-il indécemment pas plus facile d’attaquer et d’œuvrer lorsque l’on est virtuellement masqué ?


Lola doit mourir, Bruce BENAMRAN, éditions FLAMMARION, 2021, 451 pages, 21€.

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