A dévorer !

« Le Divan rouge », Catherine Briat : « le premier meuble du reste de sa vie »

Quitter une vie. Rompre avec le danger, la menace, la violence sourde et alcoolisée. Repartir. Recréer quelque chose. Se recréer. Se réinventer. C’est là le nouveau point de départ de notre héroïne, une femme anonyme avec dans chaque main un enfant. Tous trois ont quitté le domicile conjugal, devenu menaçant, et trouvé un douillet petit appartement sous les toits de la capitale. Un intérieur modeste, épuré, au mobilier minimaliste, comme une page blanche sur laquelle écrire une nouvelle histoire.

« J’ai recommencé ma vie sans rien, sans lui. Avec le strict nécessaire, de quoi dormir et manger. » (p.12)

Pourtant, c’est sur un divan en velours rouge que le choix de la nouvelle divorcée se porte. Rouge sang, rouge colère, rouge passion, rouge émotion… Le symbole vif et chatoyant de nouveaux moments à créer à trois, entre câlins, grasses matinées devant la télé, plateaux repas paresseux du soir ou lit de substitution. Alors oui, ce divan rouge va littéralement en voir de toutes les couleurs, et syncrétiser les débuts balbutiants d’un trio nouvellement constitué, entre tendresse, colère et fusion.

« L’ultime refuge, la dernière forteresse qui me restait pour me retrancher. […] Oui, j’étais installée dans une vie nouvelle. Ensemble. Les petits et moi. Rien d’autre ne pouvait compter davantage. » (p.27-28)

« Une vie à trois. Notre petit monde à nous et c’est tout. Cette fois, je pouvais recommencer. Pour de bon. Il aurait fallu des semaines, des mois, voire des années pour tourner cette page dramatique. » (p.78)

Est-ce sur cette assise rouge qui rappelle la violence de la béance conjugale qu’un nouveau départ peut s’annoncer positivement possible ? Doit-on investir les objets de cette symbolique de renouveau ? Derrière ce divan y aurait-il une subtile empreinte psychanalytique que même Freud n’aurait point reniée ?

« Il [le divan] allait pouvoir entamer une vie tranquille- une nouvelle vie qui ne pouvait augurer que du bon pour moi, comme pour lui. » (p.21)

Il suffit parfois de peu de pages pour brillamment narrer une tranche de vie, point de bascule entre un passé à oublier, un présent à vivre et un futur à repousser ou, pour le moins, à questionner. L’ancrage dans le quotidien le plus prosaïque possible fait contre toute attente surgir la poésie de ces petits riens qui font notre vie.

Un petit récit touchant, délicieux, qui parvient à suggérer l’espoir après l’ignominie.


Le Divan rouge, Catherine BRIAT, éditions HELOÏSE D’ORMESSON, 2018, 123 pages, 10€.

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