A goûter

« Musclée », Alix Laine : quête de la force…

Je me réjouissais de retrouver Alix Laine trois ans après son excellent roman Madame. Or, je reste sur ma faim avec son nouveau récit, Musclée, à l’intrigue pourtant prometteuse.

De fait, Marie est acceptée dans une prestigieuse école de journalisme à New-York le temps de valider, pendant un an, son MASTER. Elle quitte avec une certaine nostalgie ses parents et ses amis pour s’immerger dans la frénésie de la ville qui ne dort jamais. Mais un diplôme de renom est à la clé, et Marie se doit d’honorer ce privilège.

Pourtant, les débuts de la jeune étudiante sont laborieux : effacée, l’anglais incertain, elle peine à se lier à ses camarades. Lorsque Heather lui offre sa chance avec la conviant le temps d’un week-end dans sa sphère dorée de Cape Cod, c’est un fiasco pour Marie. Elle ne maîtrise pas les codes des Américains. Et la Française de s’isoler, encore plus, toujours plus.

Lorsque le directeur de l’école commence à lui manifester son intérêt, Marie est touchée : son désarroi peut-être apaisé. Las : John Marshall, de son nom, n’en veut qu’à ses fesses. Murée dans le mutisme, Marie subit les assauts répétés de son directeur. Elle tente d’esquiver les rendez-vous, mais à chaque fois il parvient à ses fins. La rumeur commence à enfler, et si jusque-là Marie ne suscitait qu’une vague indifférence, c’est la haine et le mépris qui prennent le relais.

« Comment ai-je pu me retrouver dans cette situation ? Surtout, comment m’en sortir sans le blesser ? Sans le vexer ? Sans qu’il le prenne mal ? […] Je récolte le fruit de mon aveuglement. Comment faire marche arrière ? » (p.93)

Seule dans une ville immense, sans soutien, la bouche scellée par les menaces de son directeur, Marie menace de s’effondrer. Il faudra la rencontre fortuite d’une jeune femme responsable dans une salle de sports pour créer le déclic : Marie peut lutter, en commençant par forger son corps, et en faire une arme.

« Puissante, non ; forte, oui. […] Mon corps m’appartient, et lorsque je le regarde, je ne dois pas penser à l’autre. Cesser cette association d’idées. » (p.192)


Le discours était prometteur, mais une fois le livre refermé, un sentiment d’inachevé s’est imposé à moi : oui, Marie témoigne d’une farouche volonté pour maîtriser son corps à défaut de maîtriser les assauts de son prédateur. Mais le lien entre cette frénésie sportive et son refus muet de se soumettre à son assaillant est tout juste esquissé.

« Mon corps, c’est ma seule source d’estime de moi à présent. Il me fait tenir. Je me sens plus forte, plus résistante grâce à cette carapace. Mon corps me protège, en partie, des faiblesses de ma volonté, noyée sous l’emprise du Dean. » (p.200)

J’ai aimé ce récit, mais il me semble qu’il aurait mérité un développement plus poussé, tant dans le quotidien de Marie que dans sa lutte pour échapper aux viols.

« Je me fige. […] Il me toise. Me fait un clin d’œil complice. J’ai honte. Je suis celle qui a couché avec cet homme répugnant. Haut-le-cœur. » (p.109)

En fait, peut-être ai-je trop aimé la trame et suis-je frustrée de ne pas avoir plus de pages à me mettre sous la dent ? Dans tous les cas, je continue à aimer la prose d’Alix Laine, même si je reste sur ma faim avec ce second roman. Un roman riche d’une multitude de possibles, mais qu’une certaine naïveté (de l’héroïne, du traitement thématique) tempère.


Musclée, Alix LAINE, éditions ROBERT LAFFONT, 2022, 219 pages, 18.50€.

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