A dévorer !

« Tout ce qui est à toi brûlera », Will Dean : huis-clos glaçant

Lorsque Than a quitté le Vietnam avec sa sœur Kim-Ly, toutes deux espéraient une terre promise où étudier, travailler et envoyer de l’argent à leur famille. Mais une fois sur place, les deux sœurs ont été séparées, et Than n’a eu de Kim-Ly que des lettres.

« Ces hommes nous ont ensorcelés, nous ont débité des mensonges abominables. Ils nous ont vendu un rêve impossible ; ils les ont très bien vendues » (p.23)

Cette correspondance est précieuse pour la jeune femme, recluse depuis sept ans dans la ferme de Lenn, un homme bourru qui exploite Than, rebaptisée Jane par ses bons soins.

« Il est endurci, aguerri. Depuis son enfance ou depuis maintenant. Un homme de pierre. » (p.151)

Plusieurs fois, Than-Jane a essayé de ruser et de s’enfuir ; mais Lenn a toujours fini par la démasquer ou la rattraper. Le châtiment est alors terrible : Lenn s’empare de l’un des biens de son esclave moderne et le fait brûler dans le poêle. Lorsque Than est arrivée à la ferme, elle possédait dix-sept objets. Au moment où débute le récit, elle n’en a plus que quatre…

« Il se dresse devant moi. Une fois encore, j’existe seulement dans son ombre. Dévorée par son ombre. » (p.13)

Aucun espoir ne semble visible pour elle dans ce désert campagnard. Chaque jour se répète, au service exclusif d’un bourreau qui ne lui épargne aucun sévice. Une façon de vivre archaïque, que Lenn perpétue en hommage à sa défunte mère, à laquelle doit presque se substituer la jeune femme.

« La terre est à lui, comme tout le reste, depuis mon pied cassé jusqu’à l’horizon. Il façonne le monde dans lequel je vis. » (p.113)

Lorsque Cynthia, une voisine d’une bourgade pas très éloignée, vient demander la location d’un champ pour son cheval, Than-Jane ose espérer un secours de sa part. Mais sans dire un mot ni esquisser un geste, car sept caméras sont braquées en permanence sur elle, elle doit suggérer son désespoir et son désir de fuir.


Je ne peux en dire plus, car dès le premier tiers un événement inattendu va venir renforcer l’enjeu dramatique du récit. Si l’on avait la respiration suspendue dès les premières pages, c’est le cœur au bord des lèvres que l’on chemine avec Than-Jane sur le chemin tortueux de son enfer au domicile de son tortionnaire. Une vie en captivité, une vie brisée…

« J’ai appris comment survivre avec ce monstre, à quel moment reculer même lorsque cela me rend furieuse de l’admettre. » (p163)

Will Dean signe un prodigieux roman sur l’esclavage moderne, sur le trafic d’êtres humains, et insuffle à son récit un souffle pathétique inédit, sans qu’il y ait le moindre cliché non plus. Le lecteur ne peut que vibrer d’empathie. Une pépite littéraire, que je vous recommande vivement.


Tout ce qui est à toi brûlera, Will DEAN, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Laurent Bury, éditions BELFOND, 2022, 271 pages, 20€.

Un immense merci aux éditions BELFOND pour l’envoi gracieux de cet extraordinaire roman.

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