A croquer

« Un adolescent amoureux », Robin Josserand : kiff excessif

Notre narrateur est un adolescent de dix-sept ans qui n’a de fantaisie que dans les fantasmes qu’il imagine. Fils unique de parents très rigides pour lesquels le cadre – et rien que le cadre – est le garant d’une vie réussie, le jeune homme n’a guère d’échappatoire possible. Des promenades seul, parfois tard le soir, que lui autorise son père. L’occasion de porter sur la petite ville ouvrière d’où il espère bien s’échapper un jour un regard à la fois consterné et désabusé. Balader son malaise à défaut de pouvoir envoyer balader le triste décor de sa vie.

« Parfois, je rêve de fugues grandioses. Abandonner cette ville serait comme quitter l’enfance pour de bon. J’aimerais m’enfuir, coucher avec les garçons de toutes les vallées du coin. Mais cet endroit n’est pas fait pour la fugue. C’est si laid qu’il n’y a nulle part où s’échapper. » (p.50)

« Pour moi, c’est l’enfer. L’envers du monde. Nulle part. » (p.57)

Au lycée, on ne fait pas de cas de lui. Lisse et inintéressant, il est passé maître dans l’art de se fondre dans la masse. Pas vraiment un choix, mais sa tranquillité est à ce prix.

Son quotidien est bouleversé par l’arrivée en classe d’un nouvel élève. Plus âgé, de toute évidence pas très futé intellectuellement mais fort débrouillard pour les petits trafics en tous genres, celui qu’il nomme « Arture » fait forte impression sur lui. L’évidence du coup de coeur, du coup de foudre. Le narrateur n’aura alors de cesse de vouloir lui ressembler, s’en approcher, vivre par procuration sa vie de leader adulé des filles et respecté de tout le lycée, même des profs, malgré son ignardise crasse.

Mais n’est pas Arture qui veut. A vouloir copier son modèle, le narrateur risque gros : la confiance de ses parents en sa conduite, les limites à ne pas franchir. Le jeune homme franchit très rapidement nombre de premières fois propres à l’initiation adolescente, mais est-il vraiment sûr de la valeur du prix qu’il vise ?

« Ainsi, il devient à mes yeux un personnage extraordinaire, une légende, une rumeur. » (p.23)

Robin Josserand livre un roman d’apprentissage des quelques mois d’un adolescent prisonnier de ses envies, de son désir illimité pour un autre que lui. Quête effrénée pour se renier soi-même et renaître dans l’autre, celui par qui l’on voudrait être littéralement aspiré. Mais notre héros est lui prisonnier d’une spirale – tantôt glaçante, tantôt bouillonnante – qui l’amène à repousser ses limites, jusqu’à la mise en danger au nom du verbe « aimer ». On le devine : renier son identité pour mieux être aimé est un leurre. Rite de passage cruel que de se fourvoyer, n’est-ce pas ?

« je me fais la promesse […] de me fondre complètement dans son image et de me contenter pour toujours de la vie d’Arture. » (p.70)

Le dénouement, étrange et déroutant, nous laisse songer à une part d’autofiction. Et le roman de se teinter du prisme du traumatisme de ces premières fois douloureuses qui fragilisent à jamais, et suggère une suite à donner claudicante. Kiff excessif, désir compulsif, roman intransitif.


Un adolescent amoureux, Robin JOSSERAND, éditions MERCURE DE FRANCE, 2024, 151 pages, 17€.

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