A dévorer !

« Les vivants », Ambre Chalumeau : mes ami(e)s, mes amours, mes emmerdes

Amis pour la vie, tel est le mantra que Diane, Cora et Simon ont eu à cœur de chérir pendant les dix-huit premières années de leur vie. Des parents amis et leurs propres enfants à leur tour solidement soudés par l’amitié, la vraie : celle qui excuse les coups de gueule, les coups de sang, celle qui chuchote des secrets et n’a pas besoin de mots pour établir une connivence, une évidence forcément.

Fusionnels, complémentaires, le trio s’apprête à doucement basculer vers l’âge adulte : les études supérieures, la majorité, et toute une vie à imaginer…

Mais l’équilibre des trois amis est brutalement mis à mal lorsque Simon est hospitalisé pour un virus rare et fort inquiétant. Dans le coma, les médecins ne jurent pas ni de sa vie, ni de sa survie. La chambre du jeune homme devient salle d’attente : celle de son réveil, celle de l’espoir de sa mère, Céline, et de ses deux plus chères amies. Simon est absent, mais la réalité de l’imminence de sa potentielle mort est plus que jamais présente.

« Un adolescent dans le coma, c’est plein de structures à repenser. Une famille perturbée, une fratrie réduite de moitié. Et un trio désemparé. » (p.55)

Alors, autour de lui, on essaie de survivre. Sa mère, avec une bouteille d’alcool chaque soir pour noyer le spleen d’une vie où tout fiche le camp ; Diane reste sur le quai d’embarquement de la prestigieuse prépa (ô terribles souvenirs réveillés) dans laquelle elle a été acceptée : son énergie, elle préfère la mettre à espérer le réveil de Simon, plutôt qu’à se formater aux exigences intello-militaires de ses tortionnaires de professeurs ; Cora, quant à elle, aurait espéré de son amoureux Mathieu la tendresse réconfortante : elle n’aura de lui que les cicatrices d’un passé malheureux mises à vif par son ignominie…

Et pourtant, tous ces personnages que le destin semble malmener, sont vivants et bien vivants, et éprouver la douleur de l’attente autant que celle de leurs tourments intimes illustre le flegmatique proverbe « C’est la vie ». Ressentir la souffrance, c’est ressentir la vie, quand bien même l’on se pense mort de l’intérieur. Tant que l’on vibre, on vit…

La vie en suspens de Simon insuffle un souffle nouveau à ceux qui l’entourent, qu’ils soient au bord de l’asphyxie ou qu’ils traversent en apnée les épisodes difficiles de leur vie. Tout se passe comme si son effacement invitait les autres à entrer dans l’arène du parcours initiatique de leur vie : avancer seul(e), sans béquille, assumer ses choix, ses erreurs, ses tâtonnements…

« Cette année leur relation va être mise à l’épreuve, et condamnée à prendre des accents adultes. » (p.60)
« L’inévitable fin du mirage de la toute-puissance. La fin du refuge. » (p.127)

Dans ce premier roman d’Ambre Chalumeau, toute la complexité de nos vies y est contée : l’amour, l’amitié, la souffrance, l’abandon, leur deuil, l’échec. Tous les personnages sont mus par leur capacité (quand bien même ils doutent qu’elle leur soit permise ou acquise) à croire ou non en des lendemains meilleurs. Ou, pour le moins, peut-être moins pires. C’est donc l’espoir qui demeure, qui résiste, et le sens de la formule absolument réjouissant (OK, carrément délectable) de l’écrivaine contribue largement à nous faire sourire, même dans les creux dramatiques de la vie.

« Mais peut-être que justement, la réalité, ce n’est pas ce qui se passe mais ce qui reste. » (p.234)

Ce roman vibre et tourbillonne d’énergie. Il palpite de l’envie de crier la nécessité de célébrer tous les moments de bonheur et de vie, même les plus infimes. Une invitation à lever les yeux de nos errances quotidiennes, souvent plombées par la morosité ambiante. Car nous sommes, nous aussi, bel et bien vivants…


Les vivants, Ambre CHALUMEAU, éditions STOCK, 2025, 296 pages, 20.90€.

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