A dévorer !

« Roman policier », Philibert Humm : fantaisie réelle et réalité fantaisiste

Étrange et authentique affaire que celle qui secoue la tranquille ville de Pau depuis deux ou trois ans : le U de quelques enseignes commerciales est volé par un insaisissable chapardeur. Le magasin de téléphonie devient une « Cliniqe », on peut acheter son pain dans une « bolangerie »… Les commerçants sont en alerte, mais le mystère reste insondable. Les journaux et autres radios relaient l’information, et même Paris s’empare de l’affaire.

Ainsi, Philibert Humm, écrivain et journaliste, se meut en enquêteur : il lui faut résoudre cette affaire. Pour l’accompagner, parce que Sherlock n’est rien sans Holmes, Murder sans Scully, Starsky sans Hutch, Philibert peut compter sur son ami Vincent Dedienne. Oui, le vrai de vrai : LE comédien moliérisé, que l’on découvre fin amateur d’abats lors de ses déjeuners fins au restaurant.

Pour nos deux comparses, l’affaire est sérieuse : quel Palois peut ourdir une telle conspiration ? dans quel but ? Leur enquête est tout aussi sérieuse que le motif : un à un, ils dressent une liste de suspects, tirent des fils, en coupent d’autres, de dépit. Et nous, lecteurs, nous nous réjouissons follement de cette investigation où nul ne court aucun danger, sinon celui de passer un agréable moment avec deux intellectuels parisiens qui se rêvent détectives et fins limiers.

"Qui volait, comment, depuis quand mais surtout pourquoi ? Quel intérêt pouvait trouver à subtiliser des U et seulement cette lettre, la vingt et unième de l'alphabet ? Les aventuriers parfois résolvent des énigmes. A condition de me pencher sérieusement sur ce dossier, je devais pouvoir en dévider l'écheveau. C'était l'affaire que j'attendais pour rassurer la France et les Français." (p.20)

Aussi, à défaut de trouver le coupable qui pille les devantures de leur « U », nous compilons les bons mots littéraires qui ponctuent chaque page de ce roman qui n’a pas de policier que le motif. Car, on est d’accord, pas vraiment d’enjeu dramatique à cerner un si menu larcin, sinon celui de jouer avec les codes du genre et de dérouler, sur presque deux cents pages, le modus operandi de l’écrivain de roman policier dans une mise en abyme ingénieuse. En d’autres termes, Roman policier est un récit qui se complait – avec raison – à assumer son work-in-progress tout en détricotant les clichés du genre. Un régal !

« L’énigme allait s’épaississant, insondable mystère dont les contours flous s’étiraient dans les méandres impénétrables d’une clarté différée perpétuellement ajournée par le recul même de ses propres révélations et je préfère m’arrêter là parce que j’ai toujours peur d’en faire trop. » (p.40)

Et le dénouement me direz-vous ? Il y en a bien un, avec résolution de l’intrigue. Mais sans doute n’est-ce pas là le plus important, non. Ce que l’on retiendra, c’est le grain de folie salvateur – tant celui de l’écrivain que celui du coupable : il s’agit de ne pas se prendre au sérieux et de cultiver le pas de côté.

« Vincent interrogea coup sur coup trois commerçantes des environs, respectivement une opticienne qui n’avait rien vu, une vétérinaire ayant d’autres chats à fouetter et la gérante d’un salon de coiffure qui n’était pas de mèche, je vous vois venir, mais qui assurait que la lettre était tombée toute seule. » (p.106)

Petit bijou littéraire rudement bien troussé, ce troisième roman de Philibert Humm mêle les genres (enquête sociologique, « roman policier », indices autobiographiques), nous invitant nous-mêmes à démêler avec fantaisie les fils de ce qui relève de la fiction et de la métafiction.

« C’est toujours comme ça, dans les polars, quand on approche de l’instant décisif. Le rythme s’accélère, ça passe au présent, on sait qu’on va bientôt avoir droit au dénouement. Le lecteur trépigne, s’impatiente, et pendant ce temps nous autres, les personnages, on piétine sur l’allée gravillonneuse, vers les ennuis qu’on pressent, et que c’est pas facile d’être à notre place et que j’aimerais bien vous y voir. » (p.134)

Roman policier, Philibert HUMM, éditions DES ÉQUATEURS, 2025, 189 pages, 22€.

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