A croquer

« Divines amitiés », Anthony Jack Guy Salaün : « âmes » sœurs, « âmes » de cœur ?

Régulièrement sollicitée pour chroniquer des récits, notamment de primo-romanciers, je prends le soin de bien vérifier que les propositions correspondent à mes prédilections thématiques personnelles. C’est ainsi que je me suis emparée avec plaisir du premier roman d’Anthony Jack Guy Salaün, car à bien des égards prometteur. Néanmoins, des points de retravail s’avéreront nécessaires pour poursuivre une « ascension » littéraire tout à fait envisageable.

Alors que l’épidémie du Covid rôde en 2020, Jeanne Brumaire, jeune banquière de son état, s’ennuie passablement. Pour tromper un spleen qui petit à petit s’immisce dans son quotidien, elle décide de s’inscrire sur « Dreamer », un forum de jeu de rôle par écrit. Une fois rodée à l’exercice grâce à la bienveillance de quelques figures emblématiques du site, comme le leader Anthony, autoproclamé « dieu », ou la « divine » Ana, Jeanne trouve son rythme… et son plaisir.

Il faut dire que le forum est aussi un lieu exutoire où nombre des membres peuvent y livrer leurs pensées et leurs tourments. Ainsi, régulièrement, quelques habitués abandonnent leurs écrits pour discuter ferme religion et société, de façon intelligente et c’est appréciable. Un indice sans doute de l’enjeu « divin » du roman… que l’on ne retrouve hélas qu’à la toute fin du roman, celui-ci basculant brusquement du côté de la science-fiction ou tout autre genre que je ne maîtrise aucunement mais qui, chose sûre, n’a plus rien de vraiment réel.

Avant ce moment de bascule inattendu, Jeanne est hospitalisée pour dépression, après avoir vécu de plein fouet le choc d’un collègue banquier tué lors d’un braquage. Prise en main par ses « amis » virtuels, dont le tentaculaire Anthony, la jeune femme chemine péniblement vers le chemin de la guérison. Et c’est là que l’on ne peut plus quitter le roman : s’agit-il de relations sincères ou perçoit-on l’embryon d’une certaine toxicité ? Il faudra un séjour commun en Suisse (au rythme poussif et répétitif) avec le noyau du groupe pour achever le retour de Jeanne « à la vie réelle »… avant que le souffle inventif (« fantaisy-ste » ?) ne se déchaîne.

Il y a du bon dans ce premier roman. Clairement, j’ai été happée par la mise en place du cercle virtuel autour de notre protagoniste, car on sent très rapidement que des enjeux relationnels vont créer l’épaisseur narrative de l’intrigue. On perçoit des indices qui nous font douter de la trouble véracité des usagers de « Dreamer » (dont on ne dit au final rien des écrits qui y sont composés, alors qu’il y aurait eu largement matière à s’emparer de cela pour nourrir l’intrigue). Mais je reste sur ma faim quant au dénouement, démonstration étrange de la métempsychose : trop irréaliste ? trop soudain ? trop « fantastique » pour moi ? L’épilogue apporte heureusement un prolongement fort bien trouvé aux riches potentialités, cette fois-ci bien ancrée dans une humanité, aussi souffrante soit-elle.

La lecture du roman m’a confirmé que les éditions du Lys Bleu sont à fuir : passablement traumatisée par la lecture bourrée d’erreurs d’orthographe et d’une syntaxe malmenée au possible d’une primo-écrivaine en 2020, tout justement éditée par la maison précédemment citée, le constat est ici le même. Ainsi, si la syntaxe est heureusement sauve voire littéraire, trop d’erreurs usuelles d’orthographe sont à déplorer et je ne saurais que prescrire le bannissement des « bah » bêlants des personnages. Quid des relectures chez le Lys Bleu ?

Bonne route littéraire à vous M. Salaün : cultivez votre talent, certain, à la lumière de mes modestes mais sincères remarques.


Divines amitiés, Anthony Jack Guy Salaün, éditions LE LYS BLEU, 2025, 236 pages, 22€.

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