A dévorer !

« L’amour et la fureur », Martin Suter : les ennuis

Noah et Camilla s’aiment profondément. Pourtant, Camilla n’aime plus vivre avec son amoureux, un artiste sans le sou. Elle aspire à autre chose, refusant de s’étioler dans une vie seulement faite de compromis et de renoncements.

« Ne le prends pas personnellement : une vie où je n’aurais pas à exercer un métier que je hais pour permettre à quelqu’un d’autre d’exercer un métier qu’il aime. » (p.14)

« Il ne me reste plus beaucoup de temps pour changer de vie. Si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais » (p.35)

C’est un coup dur pour Noah, profondément épris de sa muse, qu’il n’a de cesse d’honorer à coups de pinceau sur ses tableaux (qui espèrent trouver le chaland, le succès et la renommée, enfin). Le cœur brisé, il doit se résoudre à la laisser partir…

Alors qu’il pensait noyer, seul, son spleen amoureux dans un bar, il y rencontre Betty, une sympathique sexagénaire perdue elle dans le chagrin de son veuvage. Tous deux trouvent en l’autre une oreille attentive et compatissante. Les langues se délient, l’alcool aidant, et Betty révèle à Noah que son mari est mort à cause de l’acharnement de son associé, Pete Zaugg, à l’accabler de travail tout en le reléguant dans l’ombre pour mieux bénéficier du prestige de leur florissant cabinet de conseil. Noah perçoit le feu de la fureur en Betty. Aussi tombe-t-il des nues lorsqu’elle lui propose de se débarrasser de Zaugg pour la coquette somme d’un million de francs suisses.

« Avant de passer l’arme à gauche, elle veut faire liquider l’homme qui a causé la mort de son mari. » (p.36)

Passée la surprise d’une telle demande, d’une telle audace, Noah voit là l’occasion inespérée de récupérer Camilla. Elle rêve d’une autre vie, plus opulente ? Il pourrait la lui offrir… et donc la récupérer !

Mais ne s’improvise pas tueur à gages qui veut, et si Noah a par le passé excellé dans les stands de tir, passer à l’acte en visant un être humain est une autre histoire. Son couple à sauver est-il à ce prix ?

N’en disons pas plus : il vous faut découvrir les rebondissements, pures trouvailles, qui jalonnent le récit et les atermoiements de notre protagoniste. Mention complémentaire pour cette plongée dans le monde de l’art, pas seulement affaire d’esthétique mais aussi et peut-être surtout de rendement, pour qui veut espérer « percer ». Le roman de Martin Suter est ainsi d’une grande richesse, tant thématique que dramaturgique. On se régale du dénouement, qui nous berne autant que les personnages principaux.

« Contre la fureur, il y a l’amour. » (p.223)

L’amour et la fureur : de ces deux sentiments, lequel est la conséquence de l’autre ? Qui engendre quoi ? Alliance ou antagonisme ? Et le récit de filer, à travers le prisme des différents personnages, cette foisonnante dualité.


L’amour et la fureur, Martin SUTER, traduit de l’allemand (Suisse) par Olivier Mannoni, éditions PHEBUS, 2026, 284 pages, 22.90€.

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