
Deux ans après l’excellent Cucul, chroniqué sur ce même blog, et forte de son succès critique, Camille Emmanuelle rempile avec Bombasse. État des lieux, à la Roland Barthes…
J’aime : retrouver l’humour et l’écriture de Camille Emmanuelle, impayable ; la critique juste sur les dangers de la dark romance et la dénonciation bienvenue de la banalisation du viol comme objet de désir ; la réflexion sur le couple confronté à la maternité et la difficulté à se ré-inventer comme amants ; des personnages secondaires mordants (la « boss », la sœur, les élèves).
Je n’aime pas : retrouver les mêmes ficelles du premier roman, avec l’entrée improbable de la « fiction » qu’est en train d’écrire l’héroïne, Marie Couston, dans sa vie réelle à elle (quoique, ici, il s’agisse de l’entrée dans la fiction de l’écrivaine-professeur de lettres à ses heures) ; après les clichés de la romance épinglés dans son premier roman, on enchaîne avec la dark romance : quid du prochain genre littéraire tourné à la fois en dérision et soumis au feu de la mitraillette ? ; les « petits indiens » qui assiègent l’esprit de notre protagoniste, car trop puérils, trop répétitifs et usants ; la confrontation des clichés devenus fantasmes nocturnes à la réflexion méta-littéraire sur l’écriture de ces romances ; le heurt entre une familiarité certaine du personnage, parfois grossière sous couvert de « proximité », à des concepts brillamment soulevés.
En résumé, j’ai aimé, mais je tempère mon enthousiasme : ce récit ne sera pas une « bombe » pour moi, même s’il étincelle à bien des égards. Camille Emmanuelle peut-elle envisager une autre protagoniste et une autre trame narrative ? J’ai envie de la voir explorer d’autres pistes littéraires, car son écriture est riche, très riche. Affaire à suivre…
Bombasse, Camille EMMANUELLE, éditions VERSO, 2026, 238 pages, 19.90€.
