A goûter

« Telle mère, telle fille », Kimberly McCreight : ascendance sanglante

Méli-mélo de fils narratifs dans ce roman au rythme haletant mais aux invraisemblances trop nombreuses. En résumé, avis très mitigé pour ce premier roman lu de l’année.

Pourtant, l’intrigue me semblait alléchante : alors que Cléo est en froid avec sa mère, la brillante spécialiste en droits des affaires Katrina McHugh, elle accepte pourtant sa proposition de dîner ensemble dans la cossue maison de son enfance. Mais, arrivée sur place, elle n’y trouve qu’une traînée de sang : sa mère a disparu, et peut-être est-elle morte !

Les suspects sont nombreux (trop, justement) : s’agirait-il du père de Cléo, un documentariste ambitieux mais résolument fauché qui espérait empocher les millions de dollars dormant sur le compte de sa future ex-épouse ? pourrait-il s’agir de l’entreprise pharmaceutique accusée de négligence et de la mort de plusieurs bébés par la prescription d’un médicament litigieux ? ou peut-être encore Kyle, l’ex-petit copain dealer de Cléo, que Katrina avait semoncé et menacé, solidement appuyée par les contacts précieux accumulés au fil de ses dossiers sensibles ? Et quelle est cette voiture qui quelques jours avant sa mort, semble prendre Katrina en filature ?

« Les gens désespérés ont parfois la mémoire longue. » (p.175)

S’ajoute à cela (de l’art de l’hyperbole narrative…) de mystérieux textos, menaçant de révéler le sombre passé de Katrina, enfant abandonnée puis placée plusieurs années dans un Village d’enfants avant d’être adoptée ? Quel « crime » sanglant a-t-elle commis et que le corbeau anonyme prétend pouvoir révéler contre une juteuse rançon ?

« Mais, parfois, l’amour la pousse à faire des choses qui finissent par être mal interprétées. […] Pour elle, le monde est un endroit dangereux qu’il faut garder sous contrôle. » (p.115) « Tous ces trucs que j’apprends sur elle me donnent l’impression de ne pas vraiment la connaître. » (p.164)

Bref, on s’y perdrait presque. On ne saura nier à Kimberly McCreight le noble souhait de créer du suspens, mais entre le drame domestique (coucou l’adultère entre l’ex-mari et la « bonne » copine » qui sort du chapeau au dernier tiers du roman), l’enquête policière et le thriller psychologique, il faut choisir ma bonne dame ! Certains fils narratifs auraient été absolument viables pour une intrigue solide (le sordide passé de Katrina, réactualisé en un présent menaçant ; la relation compliquée d’une mère, de bonne volonté mais définitivement hantée par son passé, et de sa fille), mais l’écheveau s’emmêle. Trop de nœuds, et notre intérêt de s’émousser.

Aussitôt lu, aussitôt oublié.


Telle mère, telle fille, Kimberly McCreight, traduit de l’anglais (États-Unis) par Elodie Coello, éditions HAUTEVILLE, 2024, 351 pages, 19.95€.

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