
Les sirènes de l’amour sont piégeuses et être pris dans les filets insidieux peut s’avérer fatal. C’est là l’amer constat, admis aux forceps, de Murielle, une veuve de 57 ans qui espère retrouver l’amour en s’inscrivant sur un site de rencontres. Lorsque le séduisant et florissant Charles Leroux entre en communication avec elle, elle doit se pincer pour y croire : le célèbre homme d’affaires riche à millions serait ainsi donc attiré par elle ?! Quelle chance !
« Qu’est-ce que ce playboy millionnaire peut bien lui trouver, à elle, veuve bientôt sexagénaire travaillant au service des espaces verts à la mairie de Brignoles ? » (p.19-20)
Murielle doit cependant se satisfaire d’une relation virtuelle : Charles Leroux entretient à un rythme effréné une profusion de messages tous plus tendres les uns que les autres, mais, étrangement, chaque occasion de rencontre réelle ne peut aboutir : des clients l’ont retenu en rendez-vous, son fils n’est pas prêt à rencontrer la nouvelle femme de sa vie, son yacht est en panne… Qu’à cela ne tienne, Murielle lui pardonne tout et… patiente. Plus de trois années d’échanges uniquement virtuels au cours desquelles Charles Leroux lui demande régulièrement de l’argent, toujours plus d’argent, jusqu’à ce que l’éprise victime s’endette.
Vous l’aurez compris, le journaliste Alexandre Kauffmann nous plonge dans la dépendance affective de ces femmes sous emprise de brouteurs africains qui usent et abusent de photos d’hommes talentueux et séduisants disponibles sur les réseaux pour obtenir de ces amoureuses aveuglées toujours plus d’argent. Tous les mécanismes du piège émotionnel sont savamment démontrés et l’on peste de voir Murielle, comme tant d’autres femmes, s’enferrer dans une histoire d’amour fallacieuse, mirage aux alouettes qui la plume mois après mois et l’isole des siens. Son déni est assez incroyable à comprendre : elle n’en démord pas, son jour de gloire arrivera, elle en est sûre. Une crédulité dont on peine à nous remettre, alors que toutes les preuves de l’usurpation sont là, confondantes.
« Charles, quelle que soit sa véritable identité, lui cache beaucoup de choses. » (p.91)
« Le verra-t-elle un jour ? Murielle s’accroche à cette perspective avec une drôle d’énergie. Quoi qu’en dise son entourage. Avoir raison contre tous […] lui procure une drôle de jubilation. » (p.145-146)
Mais ces victimes de l’amour ne sont pas les seules abusées. L’enquête du journaliste démontre les conséquences des photos usurpées de Charles Leroux pour ce dernier, photos reproduites à l’infini derrière lesquelles se cachent des hommes de Côte d’Ivoire qui ne pensent en réalité qu’à détrousser le porte-monnaie de leurs soupirantes. Est-ce dire qu’il faut se priver de poster toute photo sur Internet pour éviter les tracas liés à des femmes qui pensent que « leur » Charles Leroux est le vrai ? Serait-ce là la punition d’un narcissisme exposé jusqu’à la lie ? Quand notre image échappe à notre contrôle et devient un prétexte à l’escroquerie, comment réagir ? Quel pouvoir pour lutter contre une toile abyssale ?
« D’un message à l’autre, face à la détresse de ces victimes, Charles a le sentiment que sa vie lui échappe. » (p.170)
J’ai dévoré ce récit-enquête, d’une grande richesse thématique car, au-delà du sordide fait-divers devenu affaire du quotidien, on saisit l’ampleur du « réseau » : les victimes sont des deux côtés des écrans, manipulées par des victimes de la pauvreté qui font le choix d’outrepasser l’honneur des sentiments, vrais et réels.
La captive, Alexandre KAUFFMANN, éditions GOUTTE D’OR, 2025, 286 pages, 19.90€.

Je crois qu’il y aura toujours des personnes assez naïves pour croire à ce genre de relation ! Et surtout qui demandent de l’argent…
On en a quand même beaucoup parlé un peu partout dans les médias.
C’est triste cette constatation.
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