
Oh, que je n’aime point abandonner une lecture en cours de route. Pourtant, je fais l’amer constat de mon échec en m’arrêtant à la 170ème page du dernier roman de la talentueuse Camille Bordas, déjà chroniquée sur ce blog pour l’incomparable récit Isidore et les autres.
Pourtant, tout m’appelait à aimer son nouveau texte : les États-Unis avec une action ancrée à Chicago, ville de cœur et de résidence de l’écrivain ; un microcosme estudiantin où l’on enseigne et apprend l’art du stand-up ainsi que de la comédie (galères d’étudiants, doutes inhérents quant à leur capacité à « percer » dans le milieu ; relations complexes entre les professeurs et drames personnels) ; une écriture soignée, intelligente et spirituellement amusante qui questionne l’art et la genèse artistique, ainsi que l’enjeu quasi-philosophique du rire (rire de qui ? de quoi ? à partir de qui / quoi ? pour quoi ? pourquoi ?).
Mais je n’ai pas réussi à m’accrocher, malgré tous ces évidents atouts et des critiques élogieuses vues, lues ou entendues de-ci de-là. Bien évidemment je m’interroge sur mon échec. J’avoue avoir ressenti une mise à distance des personnages telle que des écrivaines contemporaines comme Sally Rooney peuvent la raconter au sein de leurs romans. Un rapport distancié, très anglo-américain dans l’écriture, qui m’a empêchée de cultiver une empathie avec les différents protagonistes, sachant que les informations distillées sur les uns et les autres tardaient à venir. Un propos dilué, somme toute assez bavard (en témoigne le long mail d’une professeure du MASTER à un comique de stand-up reconnu) et passablement dissertatif.
Sans doute m’aurait-il fallu persister, car les qualités du récit sont indéniables. Mais je fais mien le droit institutionnalisé par un certain Daniel Pennac de ne pas finir un livre… Cet échec est le mien, pas celui de l’écrivaine, bien évidemment.
Des inconnus à qui parler, Camille BORDAS, éditions DENOËL, 2025, 435 pages, 22.50€.
