
L’évidence du coup de foudre, l’alchimie immédiate, à des milliers de kilomètres de la France, un soir d’été en Sardaigne, alors qu’elle est en vacances, seule, et que lui est entouré de nombres d’amis. Une invitation à les rejoindre, eux ; le bon mot placé juste où il faut, par elle. Il n’en faut pas plus : il est ferré, elle est envoûtée…
« Cette attirance incontrôlable qui perdure envers et contre tout » (p.11) « Elle a envie de faire durer cette rencontre qui bouleverse sa vie. » (p.58)
En très peu de temps, la conseillère en communication dans la sphère politique et l’ex-Ministre de droite vivent la passion, un tourbillon qui les amène à voyager, à s’installer ensemble sans tarder, à s’aimer jusqu’à user leur peau. Insatiables l’un de l’autre, ils boivent leur amour jusqu’à la lie.
Mais leur idylle n’est pas dispensée de tourments : la jalousie de sa fille à lui, possessive et despotique ; leurs engagements professionnels et la difficile distance à tenir entre vie privée et vie publique, parce qu’il est si facile de s’oublier lorsque l’on vit des « rei publicae ». Plus que jamais, elle se protège ; plus que jamais, il affirme son entière dépendance à « son amour », sous peine de mourir sans elle. Certes il s’agit d’un amour « fou », mais il lui est vital de conserver une part de rationalité, son « garde-fou » à elle.
« Elle sait aussi que si elle veut que leur histoire dure, il faudra des compromis, accepter cette folie qui le pousse à être toujours dans l’excès, à vouloir toujours plus, plus beau, plus fort, plus haut, quitte à se mettre en danger, mais elle sait faire. » (p.80)
Aussi, lorsque des failles apparaissent (parce que les pressions sont trop fortes, que le dilemme entre l’amour de sa vie et la chair de sa chair devient trop douloureux, que la voir cultiver son cercle professionnel par un savant jeu des codes de l’entre-soi lui est cruel), l’impossible devient possible : celui qu’elle pensait être l’homme de sa vie n’est peut-être l’homme que d’une éclaircie dans sa vie. Sauf que, sentant la menace de sombrer avec lui dans ses tourments et ses atermoiements, la conseillère politique tente de se détacher. De l’emprise, même si elle rechigne à accepter ce terme, car il s’agit bien de cela : à vouer un culte à son idole et à répéter inlassablement que sans elle il ne pourrait vivre, l’influent politique a ferré son amoureuse. Mais s’agit-il bien là encore d’amour lorsqu’on l’on impose à l’autre culpabilité et ressentiments ?
Le paradis des premiers mois vire à l’enfer des tornades de mots blessants, injurieux ; accalmie des regrets piteusement avoués ; grisaille d’une peur du pas de travers désormais tenaillée au ventre.
« Chaque nuit est un long tunnel où les secondes s’égrènent au rythme de minutes. Elle a peur. Dans sa tête, des questions sans réponse se bousculent, son esprit cartésien n’arrive pas à appréhender la folie qui vient de faire irruption dans sa vie. Jusqu’où cette descente aux enfers va-t-elle les entraîner ? » (p.207)
On a là un formidable récit sur la dépendance amoureuse, lu d’une traite pour sa qualité narrative (et le choix audacieux de dialogues simplement mis en page par des italiques) et la profondeur de l’analyse de la psyché morale et affective de nos protagonistes. Géraldine Dalban-Moreynas donne chair (intensément) et corps (passionnément) aux heurs et malheurs d’une relation exclusive qui s’asphyxie elle-même. Mais n’est pas phénix qui veut… et le final, terrible, de nous laisser pantois.
Les âmes folles, Géraldine DALBAN-MOREYNAS, éditions FLAMMARION, 2026, 303 pages, 20€.
