A goûter

« Rapport d’activité », Sarah Orokieta : la vie, mode d’emploi

Pour Noël, un très bon ami de Loïc lui offre un cahier dont le but avoué est de permettre à cet éternel célibataire de 31 ans de consigner ses pensées, ses sentiments, ses journées… Bref, un journal intime, vous l’aurez compris.

Sauf que d’une : l’entreprise n’est guère virile, soyons honnête ; de deux : dans la mesure où Loïc est un ingénieur en informatique, l’usage du papier ne lui dit rien qui vaille.

Alors, il tente l’entreprise en notant, régulièrement, les faits d’un quotidien on-ne-peut-plus banal sur son ordinateur. Sans emphase aucune (le texte juxtapose des propositions, créant un rythme mécanique, saccadé, loin de tout souffle romanesque possible), Loïc consigne ses tâches domestiques, ses atermoiements professionnels (les collègues pénibles, avec qui l’on n’a guère envie de tisser des liens), ses errances amoureuses initiatiques (coucou, les applis de rencontre, faune sauvage que notre pauvre esseulé a bien du mal à dompter), les infos mondiales du jour (politique, foot) et enfin sa vie familiale de Tanguy assumé.

« Ce que l’on pense de tout et de rien. C’est selon les uns et les autres. Chacun son truc. Donc aléatoire. Donc variable. Ou flou. Et je n’aime pas. » (p.44-45)

Loïc est un héros de roman lambda qui a tout du quidam que l’on croise régulièrement. A bien des égards ennuyeux, (insupportablement ?) rigide, insipide et soporifique, diraient certains. Et pourtant, derrière l’image très lisse d’un homme qui adule le calme, la droiture et les choses carrées, on devine mille et une questions sur le mode d’emploi de la vie en général : ce qu’il convient de faire, de dire, de penser. Le roman questionne ainsi la norme et ce qui en dévie avec un protagoniste passablement asocial mais qui nous est sympathique par une candeur bienvenue en ces temps malmenés.

« Mon Rapport d’activité est ma tribune. Je ne sais pas si Steve pensait à ça quand il a lancé l’idée du journal. Je n’irai pas jusqu’à affirmer que de tout consigner a changé le cours de mon existence. » (p.107)

Un OLNI déroutant, ultra factuel dans son propos, mais qui mérite d’être découvert.


Rapport d’activité, Sarah OROKIETA, éditions ZOE, 2026, 155 pages, 17.50€.

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