
Betsy et Alec Canning ont derrière eux un beau mariage et trois enfants, en pleine force de l’âge. Mais Betsy, trente-sept ans, est arrivée à ce constat : ce mariage ne la rend plus heureuse, elle ne s’épanouit pas et fait le constat, sans guère d’amertume, qu’elle ne peut contribuer au bonheur d’Alec, lequel semble trouver affection sans remords aucun dans d’autres bras. Une indépendance progressive, des chemins qui bifurquent : autant de signaux qui amènent le couple à décider, d’un commun accord, de leur divorce. Chacun est conscient des conséquences, mais leur décision est prise.
« Le constat est clair : nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre. Nous ne pouvons plus rester ensemble. » (p.14)
Cependant, alors que la Seconde Guerre Mondiale s’annonce par de sinistres indices, divorcer est, à l’époque, quelque peu licencieux, et grand est le risque de jugement. Alors, pour contrecarrer le choix des époux Canning, s’organise en face un plan d’attaque, mené en partie par la despotique Mrs Canning mère. Las : les scissions sont consommées ou, si elles ne l’étaient pas encore, s’achèvent de l’être avec elle.
« Les détails les plus infimes revêtaient soudain des significations disproportionnées ; personne n’était tout à fait sincère et des ressentiments inexpliqués faisaient leur apparition. » (p.132)
Et deux camps, sans doute inhérents à toute histoire de divorce, de se mettre en place : les pro-Alec et les pro-Betsy. En première ligne, les enfants : Kenneth, Eliza et Daphne vivent non seulement les tourments de leur adolescence mais doivent aussi composer avec les affres de la conjugalité auxquelles on les confronte.
Comment bien divorcer ? Tel pourrait être le sous-titre de ce délicieux roman de Margaret Kennedy, résolument moderne dans le traitement de son motif narratif : le mariage n’est plus et on ne s’appesantit pas dessus. Par contre, les doutes, les atermoiements d’un retour possible à l’âge d’or du couple, les décisions à prendre, l’opprobre populaire à craindre, les erreurs, les remords sont autant de questions que le récit traite avec intelligence et, surtout, sans parti pris. Et c’est chose louable que de s’abstenir de juger à une époque (celle de l’écriture) où la morale doit être absolument sauve sous peine de mille et un tracas.
« Je suis désolé que tu t’en fasses pour ma réputation. Je ne pensais pas qu’à notre époque, le divorce pouvait vous stigmatiser à ce point. Betsy m’a toujours affirmé le contraire ; nombre de nos amis y ont survécu sans y laisser trop de plumes. Ça se tassera, avec le temps… » (p.167)
L’après-divorce peut-il être plus réussi que le mariage ? Si le mariage était une possible erreur, le divorce peut-il en être une aussi ? Comment se construire (ou se reconstruire) quand autour de nous les piliers de notre vie vacillent ? La deuxième (et nouvelle) chance est-elle forcément meilleure, ailleurs et avec quelqu’un d’autre ?
Un petit bijou de raffinement littéraire (« exquisite ») qui signe l’intemporalité d’une thématique littéraire prolixe.
Divorce à l’anglaise, Margaret KENNEDY, traduit de l’anglais par Adrienne Terrier, éditions LA TABLE RONDE, collection Quai Voltaire, 2023, 394 pages, 24€.
