
Clotilde était une mère de famille dévouée pour ses deux filles, Roxane et Manon. Clotilde était une épouse soucieuse d’épauler son mari Bruno, quand bien même celui-ci semblait devenir de plus en plus exigeant. Clotilde était une fille aînée sérieuse, droite et responsable. Clotilde était une sœur que l’on admire, le modèle auquel on essaie de ressembler.
Mais Clotilde n’est plus : son époux Bruno lui a défoncé la tête et une partie du corps à coups de marteau, avant de tenter de la brûler. La petite Manon, huit ans, a assisté au drame, et a vu les bulles rouges qui sortaient de la bouche de sa maman. Clotilde est la victime d’un odieux féminicide, pour lequel Bruno ne semble nourrir que bien peu de regrets.
Autour de Clotilde, l’effondrement et la colère : le chagrin terrasse ses parents, tandis que Roxane hurle intérieurement sa rage de ne plus jamais avoir l’espoir de vivre des moments forts avec sa mère. Laurence, sa sœur, est dévastée par la peine, mais assume très rapidement les démarches pour que justice soit faite.
« Le saccage de leurs vies ne fait que commencer. » (p.48)
La justice, justement. Des moments éprouvants, notamment pour les filles, qui ne peuvent échapper aux droits fondamentaux d’un père qui reste leur responsable, même derrière des barreaux. Si Roxane décide de tirer un trait sur lui, Manon hésite : certes elle déteste ce que son papa a fait, mais elle aime son papa.
« Personne ne sort vainqueur d’un duel de tristesse. » (p.246)
Tous ressentent l’amertume du sentiment d’avoir été leurré : que cachait celui qui avait tout du gendre idéal ? Un pervers narcissique, aux traumatismes de l’enfance mal cicatrisés ? Des circonstances atténuantes, son avocat lui en trouve. Mais rien ne saura excuser l’ineffable, l’indicible. L’inacceptable.
« Tuer sa femme n’a rien de passionnel. La violence n’a rien à voir avec l’amour ! » (p.115)
Comment vivre après elle, et sans elle ? Ariane Bois livre un récit très fort, prenant, qui donne corps à tous les sentiments possibles, sans sombrer dans le pathos. Une justesse évidente du ton pour une certaine pudeur. Parfois, suggérer permet d’en dire plus. Il est intéressant de considérer comment chacun essaie de gérer l’absence et le chagrin de celle qui n’est plus. Tous tâtonnent, se heurtent parfois. Ainsi, Laurence, qui a pris ses deux nièces sous son toit, peine à établir une relation fluide avec elle. Après tout, comme elles savent le lui dire, elle n’est pas leur mère. La cruauté de ces mots d’enfants n’altère pas la mission que la jeune femme s’est donnée, quitte à mettre de côté ses propres projets. Car en tuant Clotilde, Bruno a aussi tué une famille.
« Un homme ne tue pas seulement sa compagne, il condamne aussi ses parents, sœurs, frères, enfants. Tous prennent perpète dans cette histoire. » (p.138)
A chacun de se reconstruire, comme il le peut, à défaut de le vouloir vraiment.
« Comprendre, mais conserver l’espoir en eux. » (p.116)
Un uppercut littéraire, dont on ne sort pas indemne.
Après elle, Ariane BOIS, éditions RECAMIER, 2024, 281 pages, 20€90.

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