
Luke et Celine vivent ensemble depuis quatre ans environ à Dublin. Une relation quelque peu atypique, puisque le couple célèbre un amour libre, sans contrainte : Celine ferme les yeux sur les incartades – nombreuses – de Luke, et Luke fait abstraction des fantaisies de pianiste de sa compagne, virtuose renommée mais renfermée sur elle-même, la pratique du clavier la reléguant à une solitude de tous les instants.
Pourtant, Celine a par le passé confronté son amoureux à un ultimatum : continuer avec elle et se ranger, ou bien tout arrêter et vivre librement, sans contrainte. Contre toute attente, Luke est resté, conscient de cette deuxième chance sans doute inespérée. Et, quelques années plus tard, c’est lui qui propose à Celine de se marier.
« N’empêche que, à un moment donné, au vu de ses multiples frasques, elle aurait peut-être dû le larguer. » (p.64)
« Elle lui avait déjà accordé maintes fois le bénéfice du doute, elle n’avait même fait que ça depuis le début de leur histoire, au point qu’elle était devenue une sorte d’experte en la matière, une doyenne, une technicienne de haute volée ; elle était rompue à l’exercice et tout allait bien. » (p.85)
La jeune femme accepte. Mais lors de la soirée de fiançailles organisée à Londres, chez l’oncle et la tante de Celine, le futur marié est introuvable. Certains l’auraient vu partir avec Maria, l’ex de Celine. Rejoints plus tard par Archie, l’ex de Luke. Et que dire lorsque la même nuit Celine reçoit un appel de Luke, prétextant un retour professionnel en urgence à Dublin, alors que le lendemain matin la jeune femme l’aperçoit à l’aéroport de Londres ?
« Comment puis-je à la fois l’aimer et me comporter comme un parfait connard ? » (p.196)
Tout réside, dans la relation de Luke et de Celine, dans ce décalage entre la réalité de l’amour, décevant au quotidien car bourré d’illusions, et la conception de l’amour, tel que l’idéalise – à tort – Celine. Il peut y avoir une mélodie de fond, sans réelle harmonie générale. Oui il y a amour, mais est-ce réellement celui qui peut permettre d’envisager sereinement des décennies de vie commune, alors que des dissonances pondèrent depuis le début les gammes du jeune couple ?
« Mais tu adores l’intimité des petites choses du quotidien. […] Alors que Celine aime l’idée du couple que vous formez, mais probablement pas l’expérience de la vie à deux en elle-même. » (p.240)
Par conséquent, le mariage peut-il avoir lieu ? Autour de Luke et de Celine, les anciens amoureux(ses) et les proches nourrissent le dilemme, tandis que le lecteur réunit les pièces d’un puzzle dans lequel les retours en arrière sont nombreux pour mieux expliquer les doutes et les atermoiements du présent. Si le meilleur semble difficilement envisageable, que peut-il arriver de pire à Luke et à Celine si l’on considère leur parcours amoureux éclaté ?
Variations sur l’amour moderne, le roman de Naoise Dolan se lit avec un indéniable plaisir, en questionnant la complexité d’un sentiment universel qui pourtant demeure fondamentalement singulier dès lors qu’il s’agit d’en jouer sa propre partition. Entre discordances sans doute inévitables et acmé suggéré, toute la tension d’un couple peut-être (encore) amoureux se joue entre des blanches et des noires.
The Happy Couple, Naoise DOLAN, traduit de l’anglais (Irlande) par Nathalie Peronny, éditions de L’OLIVIER, 2025, 331 pages, 23€.
