
Henrik a hérité de la vieille maison en bois de son papi adoré, perdue dans l’immensité de la forêt suédoise de son enfance. Même adulte, même père de famille, il continue à chérir les souvenirs de ce temps béni des vacances annuelles où son grand-père était son allié face à un père jugé despotique.
Or, s’il ne pensait pas vraiment exploiter ce cadeau inespéré, c’est son épouse Nora qui l’invite à tenter l’expérience : la forêt ne pourra qu’offrir un terrain de jeu extraordinaire à leur petit Fynn et, pour son époux, nourrir son inspiration pour l’écriture de son prochain roman pour enfants.
« Réaménager la résidence d’été était son idée, pas la mienne. […] Ma seule contribution a été de mentionner mon grand-père décédé, à qui tout ça a appartenu autrefois. » (p.33)
« Les bois et le lac sombre devant notre maison sont un appel à écrire et à raconter des histoires. Une forêt et un lac, ce sont les meilleurs viviers pour les monstres et les angoisses de toutes sortes. » (p.38)
Sur place, la petite famille découvre une cabane passablement abandonnée, remplie de poussière et de crottes de souris. Mais aussi, fait troublant, de cadavres de gibier accrochés dans la cave. La maison aurait-elle été habitée par quelqu’un pendant ces longues années d’abandon ? Il faut dire qu’en Suède, la règle qui prévaut est de laisser les portes ouvertes. Mais à qui ? à quoi ?
Henrik ne peut s’empêcher d’éprouver un malaise grandissant, nourri par la rencontre d’autochtones étranges et passablement effrayants. Qui est cet homme qui ose offrir une barre chocolatée à son fils ? Et cet autre qui lui donne une vieille poupée lorsqu’il le rencontre dans la forêt ? C’est sans compter « la sorcière » que semble apercevoir Fynn à la fenêtre de sa chambre un soir. Mais sans doute est-ce là l’imagination débordante d’un enfant, que l’isolement dans une forêt peuplée de légendes ne peut que nourrir…
Lorsque Fynn disparaît lors d’un jeu en forêt avec son père, la forêt idyllique se meut en lieu cauchemardesque, labyrinthe d’arbres centenaires qui piègent ceux qui s’y aventurent avec un peu trop d’audace. Lorsque les recherches de son père l’amènent à découvrir la clairière de son enfance, les souvenirs affluent : en son centre, un arbre dressé et, à son sommet, une sinistre cabane où, enfant, il se rappelle avoir vu une petite fille enchaînée, dans un état pitoyable. Mais sont-ce bien ses souvenirs ou son imagination, que son père a tant de fois blâmée comme étant exaltée et mensongère ?
« La cabane est sombre et pleine de courants d’air, derrière les planches ça criaille et glapit et grogne et gémit dans la forêt. Et en bas, sous les racines, c’est là que logent les morts. Un véritable royaume des morts. » (p.123)
Quand les chapitres réservés à Nora et Henrik laissent place à ceux qui font entendre la voix de Marla – l’enfant que l’on devine prisonnière dans cette cabane et d’un homme dont on devine toute la capacité à torturer la fillette dans un milieu hostile – et de Rosa – jeune femme dont les recherches scientifiques visent à démontrer par l’étude de la végétation sylvestre la présence de cadavres dans le sol -, c’est toute l’horreur d’un passé soumis à la cruauté du bon vouloir d’êtres hostiles qui émerge…
Et le réseau des liens narratifs de progressivement se tendre entre Henrik, son grand-père, Marla et Rosa… Nous tournons les pages, happés, pour découvrir les clés qui affleurent.
Plus que jamais, ce roman de Vera Buck doit se lire comme « à la racine » : celles des arbres, cadre grandiose idéal tant pour enchanter que pour terroriser ; celles du mal, tapie dans des individus auxquels on ne penserait pas forcément, mais qui gangrène ; celles de la famille, plus ou moins fragiles, plus ou moins ancrées dans « le sol » de l’hérédité et de la transmission.
On ajoutera l’enjeu de la dualité de chaque élément : rien ni personne n’est jamais vraiment ce qu’il semble être. Ainsi, la victime peut se métamorphoser en coupable ; l’être chéri devenir le pire salaud… L’apparence n’est que de mise, et l’illusion est reine dans cette forêt qui, en son sein, cache l’horreur. Juger et condamner deviennent alors affaire peu aisée, tant nous sommes confrontés à des remises en question narratives.
« J’ai grandi en croyant être un menteur maladif. Maintenant, je vois qu’en réalité on m’a menti à moi aussi en permanence. » (p.442)
Ce récit se lit en apnée et plus jamais ne nous fera considérer nos forêts comme de simples cadres dominicaux où se promener tranquillement en famille… Je resterai hantée par cette cabane dans les arbres, aux racines pourries, nid de l’enfance et de l’innocence perdue sur plusieurs générations…
La cabane dans les arbres, Vera BUCK, traduit de l’allemand par Brice Germain, éditions GALLMEISTER, 2025, 453 pages, 24.90€.

D’un côté, cette histoire est tentante par ses premiers personnages et sa situation. D’un autre côté, au fil du roman, tout semble devenir cauchemardesque…
Je ne suis pas sûre de lire cette cabane dans les arbres.
Ces temps-ci, je trouve qu’on a besoin de plus de légèreté…
Merci beaucoup pour ton analyse. 😉☀️
J’aimeAimé par 1 personne
C’est un livre très sombre, qui me hantera un certain temps. Le besoin de plus de légèreté est on-ne-peut-plus légitime 🙂
J’aimeAimé par 1 personne