« Une vie comme les autres » H. Yanagihara : une belle leçon d’existence où les mots questionnent les maux

Les premières de couverture n’attirent en général guère mon attention, car trop souvent elles ne présentent qu’un lien indirect avec l’enjeu du roman. Or, lorsque j’ai saisi pour la première fois le roman d’Hanya Yanagihara, Une vie comme les autres, le visage masculin empreint de souffrance qui me faisait face m’a interpellée : quelle pouvait être cette douleur que l’on devinait contenue ? Quel personnage du roman pouvait souffrir et se sentir différent des autres, tout justement ? Je n’allais pas tarder à trouver les réponses à mes questions…

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Nous découvrons, à l’aube de leurs vingt ans, quatre amis vivant tous à New-York : Willem le futur acteur à succès, Malcom l’architecte, JB l’artiste génial et enfin Jude, le redoutable avocat. Le roman suit le quatuor sur plusieurs décennies : leurs liens de se faire, de se défaire, de se refaire…

L’ami que l’on pourrait qualifier de « névralgique » est Jude, le plus discret et le plus mystérieux de tous. En effet, le récit a tôt fait de faire le tour des « vies » de Malcom, de Willem et de JB, y revenant à l’envi pour expliquer telle ou telle ellipse temporelle (notons au passage la dextérité à multiplier les bouleversements chronologiques, en particulier les retours en arrière). Les trois hommes gravitent – avec plus ou moins d’intensité – autour de Jude. On a tôt fait de deviner concernant ce dernier qu’il est un être hanté par un passé que l’on devine sordide, et que la souffrance de son corps traduit la souffrance d’une âme malmenée par la vie : Jude peut-il prétendre avoir une vie comme les autres ?

« 

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(p.444) »

On ose espérer, ponctuellement, la révélation de ce passé traumatique qui expliquerait pourquoi Jude est si fuyant et si méfiant. Mais il faut attendre, se contenter de quelques indices qui n’arrivent qu’une centaine de pages les unes après les autres. Alors, puisque les mots ne peuvent apaiser les maux de l’âme, Jude inflige du mal à son corps, encore et encore, jusqu’à la limite de la vie.

Le titre original de l’œuvre est « A little life » : une fois le roman achevé, on ne peut que sourire d’une telle ironie. En effet, Hanya Yanagihara donne une épaisseur narrative incroyable à cette histoire d’amitié dans laquelle les personnages semblent, malgré tout, avoir une vie extraordinaire : parce que riche des expériences – bonnes ou mauvaises – qui enrichissent et grandissent, quoi qu’il arrive.

« Tu aimes nager. Tu aimes pâtisser. Tu aimes cuisiner. Tu aimes lire. Tu as une voix magnifique, même si tu ne chantes plus jamais. Tu es un excellent pianiste. Tu es collectionneur d’oeuvres d’art. Tu m’écris de charmants messages quand je suis parti. Tu es patient. Tu es généreux. Tu es la personne la plus à l’écoute que je connaisse. Tu es la personne la plus intelligente que je connaisse, dans tous les sens du terme. Tu es la personne la plus courageuse que je connaisse, dans tous les sens du terme.

[…]

Tu as été horriblement traité. Tu t’en es sorti. Tu as toujours été toi. » (p.686)

Une ode à l’amitié, à la persévérance, à la confiance en la bonté humaine : Une vie comme les autres, malgré les larmes que ce récit superbe nous tire, nous livre une belle leçon de vie.

Une vie comme les autres, Hanya YANAGIHARA, traduit de l’anglais par Emmanuelle Ertel, éd. Buchet-Chastel, 2018, 813 pages, 24 €.

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