« Des liens trop étroits », Natalie Daniels : amies à la folie ?

Constance, alias Connie, est une écrivaine qui vit dans un quartier bobo de Londres. Lors d’une promenade au parc avec sa fille Annie, elle fait la connaissance d’une autre maman, Ness. De la même manière que les enfants Annie et Polly s’entichent très rapidement l’une de l’autre, Connie ressent tout aussi vite l’emprise de Ness sur elle, tel un coup de foudre amical.

Des liens

« Parfois, Ness, je me dis que je ne sais pas laisser les choses s’éloigner de moi. Je suis d’une nature profondément loyale. Une fois que j’ai aimé quelqu’un – qu’il s’agisse d’un homme ou d’une amie -, je suis incapable de cesser de l’aimer. » (p.95)

Ce qui n’était au départ qu’une rencontre fortuite devient une amitié évidente, entretenue au quotidien lorsque les deux familles, voisines, passent des soirées ensemble chez les uns ou chez les autres : Connie et son mari Karl, Josh et Annie, Ness et sa compagne Leah, Polly et Evie… tous deviennent inséparables et se côtoient en continu. La fusion est de tous les instants, tant entre les deux fillettes qu’entre les deux ados que sont Josh et Evie, et surtout leurs mères.

Néanmoins, Connie ne peut s’empêcher de ressentir un certain trouble par le mimétisme grandissant de Ness à son égard : même parfum, même coupe de cheveux…

Alors, lorsque Ness se sépare de Leah et se met à batifoler tantôt avec des hommes, tantôt avec des femmes, Connie commence à douter : que penser de cette liberté de mœurs affichée par son amie, alors qu’elle peine à maintenir la flamme du désir avec Karl ? Jusqu’à quel point Ness peut-elle vouloir s’approprier la vie de Connie ?

« Nous n’étions plus sur la même longueur d’onde, contrairement à autrefois. Je la fascinais, à une époque, et elle était heureuse de partager tous ces moments avec moi – cela se voyait dans son regard. Peut-être y a-t-il dans les grandes amitiés féminines un moment où une sorte d’irritation prend le dessus, comme entre deux sœurs, une fois qu’on a partagé tous ses secrets, raconté sa vie de A à Z, adopté les traits de caractère qu’on aime chez sa partenaire en écartant les autres – et où l’on a davantage envie de séduire des inconnus, lorsqu’on se retrouve avec elle en société : on lâche alors une remarque acerbe, un petit rire condescendant, la complicité s’est évanouie et une forme d’indifférence, si ce n’est d’éloignement, a pris le relais. En un mot : Ness n’avait-elle pas cesser de m’aimer ? » (p.183-184)

Et pourquoi Connie est-elle, dès le début du roman, confinée dans un hôpital psychiatrique, couverte de blessures et de cicatrices plus anciennes, tuméfiée et hagarde ? Pourquoi lui a-t-on affublé le surnom de « La mère monstrueuse » ? Connie est-elle la victime d’une machination ou la coupable d’une vengeance qu’elle aurait fomentée ?


Des liens trop étroits est décidément un bon roman, bien écrit et bien traduit, fondé sur des bases narratives somme tout classiques mais efficaces.

Ainsi, Natalie Daniels place au centre du récit l’amitié féminine sous la forme d’un double duo : l’amitié entre Connie et Ness en premier lieu, puis l’attachement grandissant entre Connie et sa psychiatre Emma Robinson, femme au passé douloureux et qui, à travers le récit morcelé de la vie de Connie, perçoit par effet de miroir les failles de sa propre histoire.

« Elle me plaît vraiment. Elle a la même vulnérabilité que moi. Je ne veux pas qu’elle s’en aille. Je ne veux pas me retrouver seule. » (p.122-123)

« Connie, qui n’était jamais loin dans ses pensées, était devenue pour une sorte de baromètre dès lors qu’il s’agissait d’affronter les épreuves de la vie quotidienne. » (p.252)

Et le roman de poser la question suivante : l’amitié est-elle un lien humain salvateur ou toxique ? Quelles sont les limites à l’amitié ? Peut-on tout pardonner, même la trahison, au nom de l’amitié ?

« Elle connaissait notre situation, elle avait exploité mes faiblesses et manipulé tout le monde pour que les choses tournent à son avantage. » (p.218)

Cette riche thématique permet d’offrir de beaux portraits de femmes, tout en nuances.

Il a été également appréciable de considérer la riche et pertinente réflexion sur le couple après 45 ou 50 ans : lassitude de la vie à deux au train-train rassurant mais parfois déprimant, désir en berne et tentation d’explorer d’autres horizons.

A bien des égards, Natalie Daniels dépeint des personnages à l’épreuve à des moments clés de leur vie ainsi que des rencontres qui se font et se défont.

Des liens trop étroits est un roman réussi. Le gage d’un pertinent moment de lecture.


Des liens trop étroits, Natalie DANIELS, traduit de l’anglais par Pierre Ménard, éditions DENOËL, 2019, 326 pages, 22.90€.

Un grand merci aux éditions Denoël pour l’envoi gracieux de ce très bon roman.

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