« L’éternel printemps », Marc Pautrel : l’art délicieux de la conversation amoureuse courtoise (#rentreelitteraire2019)

Le narrateur, un écrivain connu et reconnu dans le microcosme littéraire, rencontre, au hasard de retrouvailles entre amis, une femme d’âge mûr avec laquelle l’entente et la connivence sont immédiates.

Eternel printemps

De dix ans son aînée, divorcée et solitaire, sa nouvelle connaissance se donne entièrement à son métier de libraire de livres anciens. Élégante, brillante, spirituelle et belle, il n’en faut pas plus pour que le narrateur tombe sous son charme.

« cette alliance d’intelligence et de grâce m’éblouit. Je me sens touché en plein cœur. » (p.17)

« Elle est la femme dont j’ai toujours rêvé. » (p.29)

« tout ce qu’elle dit, tout ce qu’elle fait, me plaît. » (p.65)

« Tout ce qu’elle veut, je le veux aussi. » (p.66)

Cependant, à aucun moment elle ne laisse prise sur sa vie : jamais elle n’invite le narrateur à montrer chez elle ; jamais elle ne l’appelle la première ; rarement elle accepte les dîners, préférant les déjeuners. Point de badinerie amoureuse, et pourtant des heures et des heures de discussions enflammées et érudites qui les délectent tous les deux.

« Nous continuons à parler beaucoup, de choses très personnelles, souvent intimes, nous rions longuement, nous n’arrivons jamais à nous séparer lorsque nous commençons à discuter […]. D’une semaine à l’autre, nous nous quittons très peu. » (p.23)

Le couple d’amis est-il l’archétype moderne des amoureux courtois ? La libraire éprouve-t-elle la valeur de son prétendant en cultivant l’art de la conversation uniquement ?

« Le silence est dangereux, n’arrêtons pas de parler, voilà ce qu’elle semble répéter chaque fois que nous nous croisons : puisse le plaisir que nous éprouvons à rester proches ne jamais ni s’accroître ni décroître, ne jamais changer de nature, parlons pour ne rien faire d’autre qui serait condamnable, voilà ce qu’elle pense. » (p.104)

Comment faire fi du regard des autres, un regard qui peine à voir un possible frère avec sa sœur ou une éventuelle mère et son fils ?

Au final, cet adorable et délicieux petit récit fait la part belle à l’art de la parole dans la parade amoureuse… ou dans la relation amicale. Car, au final, c’est cette tension savamment orchestrée qui tient le spectateur en haleine : si le narrateur est totalement épris de la libraire, à quel moment cette dernière va-t-elle concéder à céder à une inclination que l’on devine ?

« Nous parlons pendant des heures, des après-midi, quasiment des journées entières. […] Nous nous décrivons nos royaumes respectifs, et chacun de ces pays est un délice pour l’autre. Nous nous faisons la cour mutuellement. La conversation française est bel et bien une forme de pratique érotique. » (p.41)

« Mais elle sourit encore, elle sourit et elle ne fera rien, elle attendra, elle appréciera, elle me dégustera en pensée. » (p.108)

Célébration de la femme et ode à l’amour courtois moderne (tellement bienvenu à l’ère du speed-loving made in Tinder et cie…), L’Éternel printemps est un sublime petit roman que j’ai vivement aimé, un récit à offrir ou à s’offrir, une gourmandise littéraire dont on redemande !


L’Éternel printemps, Marc PAUTREL, éditions Gallimard, 2019, 112 pages, 13€.

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