
Nous sommes en 1982. La jeune Élise Morceau fait la connaissance dans un parc londonien de la charismatique Constance – Connie – Holden, que l’on découvrira être une écrivaine renommée dans le microcosme littéraire. Ce qui aurait pu être seulement la naissance d’une belle amitié se transforme rapidement en histoire d’amour, à laquelle Élise, heureuse, s’abandonne sans trop réfléchir.
Lorsque Hollywood entreprend d’adapter le premier succès de Connie, les deux amantes s’envolent pour les États-Unis. Cependant, Élise ne s’acclimate jamais vraiment aux mœurs américaines et s’ennuie profondément, passablement laissée de côté par Connie, affairée auprès de l’équipe de tournage et en particulier auprès de la célèbre actrice Barbara Lowden. Passablement jalouse de l’intimité grandissante entre les deux femmes, Élise ronge son frein et peste d’être prise pour une enfant capricieuse. Pourtant, s’il y en a une qui s’adonne à un jeu dangereux, c’est bien Connie… Lorsque la jeune britannique surprend une conversation entre l’actrice et son amante, elle décide d’agir, de réagir.
Lorsque, quelques mois plus tard, les deux femmes se retrouvent, toutes deux changées, c’est contre-toute attente pour sceller un point de non-retour dramatique.
Nous sommes en 2017. A trente-cinq ans, Rose – Rosie – Simmons n’a jamais rien su de sa mère. Son père, qui vit en France, lui a juste dit qu’elle les a quittés à la naissance de la petite. Pourtant, même si les questions l’ont toujours taraudée, Rose a réussi à se construire en tant qu’adulte. Enfin… si l’on considère son sentiment puissant d’échec professionnel et l’inertie dans laquelle son couple est engluée, le constat reste amer.
« J’étais captive du fantôme d’une femme, et d’un compagnon qui vivait dans son propre univers fantasmé, et je n’avais rien accompli de ma vie. » (p.95)
Lorsque son père lui donne les deux plus célèbres romans de Constance Holden, il lui donne aussi une information clé sur sa mère : les deux femmes se sont connues. Il n’en faut pas plus à Rose pour s’emparer et des livres et de cet infime lien vers sa mère.
« Elle n’avait donné à mon père que des miettes dérisoires, qu’il m’avait transmises, et avec lesquelles je ne pouvais rien faire du tout. » (p.38)
Audacieuse en diable, elle profite d’un quiproquo téléphonique avec l’agence littéraire de Connie pour être embauchée auprès d’elle afin de l’aider dans les menues tâches du quotidien et à taper le manuscrit de son nouveau roman pour espérer revenir avec succès sur l’avant-scène littéraire et renouer avec une popularité un peu oubliée.
A son tour, trente-cinq ans après sa mère, de tomber sous le charme de la charismatique Connie. Après un temps d’apprivoisement, le duo fonctionne. Mais jusqu’à quand ?
« Pendant trente-quatre ans, j’avais présenté au monde une seule et unique version de moi-même. Je venais de l’abandonner […] en compagnie de Connie. » (p.154)
Tandis que Rosie scelle progressivement sa dépendance auprès de sa nouvelle égérie, les liens de son couple avec Joe se distendent dramatiquement.
Nouveau départ ou cul-de-sac ? Quel rôle Connie peut-elle jouer dans ce triangle féminin ?
Les Secrets de ma mère est un roman comme je les aime : une intimité de tous les instants pour une action resserrée autour de quelques personnages seulement, féminins en outre, les quelques hommes étant réduits à de pâles figures périphériques.
Ce qui est absolument bluffant, c’est la construction du récit : Jessie Burton alterne entre 1982 et 2017. Un seul point commun entre ces deux années : Connie. Or, la trajectoire d’Élise et de Rose devient peu à peu sensiblement similaire sur bien des points : quête de soi, doutes amoureux, maternité… L’année 2017 est-elle une nouvelle chance pour voir revenir Élise à travers sa fille ? Rose serait-elle la possibilité incarnée d’une rédemption pour Connie ? Qui doit pardonner à qui en 2017 ?
« Aux côtés de Connie, j’avais entrepris de me déterrer, de remettre en question celle que je voulais vraiment être, et comment, et où. » (p.403)
Beauté de l’intrigue, beauté des sentiments, beauté des personnages, beauté du texte… Il n’en faut pas plus pour qualifier ce récit de superbe. Un coup de cœur.
Les Secrets de ma mère, Jessie BURTON, roman traduit de l’anglais par Laura Derajinski, éditions GALLIMARD, 2020, 504 pages, 23€.

Difficile de choisir entre celui-ci et « L’été circulaire »… des sujets très intéressants et tes deux résumés nous donnent envie de les lire…😉 Bonne journée 🌞
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En effet, de très belles lectures depuis un moment. L’embarras du choix 🙂 ! Doux mois de l’Avent à toi !
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Et réciproquement ! Merci 🌞
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