A croquer

« Ce Crime est à moi », Philippe Ridet : cartographie d’une (en-)quête

Nous sommes dans les années 70 dans une petite ville du Sud de la France, comme il en existe tant. Néanmoins, celle-ci se démarque par le bassin de 50 mètres de sa piscine, lieu névralgique où le narrateur, Philippe Ridet, passe des heures et des heures à s’entraîner avec son club.

Cette piscine, c’est aussi le lieu névralgique autour duquel les principaux protagonistes vont se croiser ou se rencontrer. Ainsi, l’un des maîtres-nageurs de la piscine, Didier Cornaton, vingt-quatre ans, entame une liaison avec Martine Amouroux, étudiante en philosophie issue de la bourgeoisie bien établie de la ville. Seulement, même si l’amourette ne dure que quelques mois, il n’en faut pas plus à Martine pour s’enticher follement de son bellâtre, don Juan en claquettes : à vingt ans, elle abat son amant d’une balle de fusil.

« Elle lui déclara très vite sa passion ; il s’efforça de la ressentir. Il avait vingt-quatre ans, il était libre. » (p.22)

Si à l’époque le narrateur vit son adolescence entre études et sage flirt et donc ne fait pas grand cas de ce fait divers, il décide cependant, devenu adulte, d’enquêter sur l’affaire et de savoir ce qu’est devenu Martine Amouroux.

« Victoire sportive, échec amoureux : le recto et le verso de ma courte biographie. » (p.27)

Mise en abyme subtile : c’est alors l’occasion pour lui, le futur reporter et écrivain, de faire la part belle aux pratiques journalistiques de l’époque, peut-être pas vraiment objectives, mais aussi de se raconter, en parallèle du drame passionnel. Tout se passe comme si, à côté de ce drame d’un jour, se tissait le parcours initiatique du narrateur, entre petits jobs et recherche d’un ailleurs.

« La dramaturgie – la perte de l’innocence, la fragilité de l’été, le début d’une forme de conscience de soi – l’emportait sur la vraisemblance. Devais-je abandonner ce fatras d’ébauches, de scenarii avortés, brodant à qui mieux mieux sur un fait divers que deux lignes pouvaient résumer? Je voulais être écrivain ; je m’en donnais les licences. (p.40-41)

Ainsi, tout du long de ce récit atypique, le narrateur semble chercher un point d’ancrage entre sa vie et celle de sa vie, et considérer, pour mieux le comprendre, comment un jour la scission a pu avoir lieu.

« Pourquoi, s’il était si facile de trouver la vérité, avais-je tant attendu pour me donner les moyens de la découvrir ? » (p.84)

Le crime passionnel n’est donc peut-être qu’un prétexte pour se raconter et évoquer, avec nostalgie, la contribution d’une ville à ce que l’on devient ou non.

Très descriptif et fragmenté entre considérations générales sur les années 70 en France, évocations objectives de la ville, éléments du crime et (en-)quête personnelle, Ce Crime est à moi est un texte à la toponymie omniprésente : cartographie d’une époque, d’une relation, d’un homme.


Ce Crime est à moi, Philippe RIDET, éditions des Équateurs, 2020, 204 pages, 20€.

Un grand merci aux éditions des Équateurs pour l’envoi gracieux de ce roman.

1 réflexion au sujet de “« Ce Crime est à moi », Philippe Ridet : cartographie d’une (en-)quête”

  1. Antoine Menart, veuf, sans enfant, après avoir exercé la profession de commissaire de police à Paris, est un retraité qui vient de perdre sa femme, Monique, après une longue maladie.
    À l’ouverture du testament de son père, Antoine Menart hérite non seulement de l’appartement de ce dernier, situé dans un immeuble du VIe arrondissement de Lyon, mais il apprend que son père lui demande de veiller sur sa fille, donc la demi-soeur d’Antoine, Sonia Menart, mère célibataire d’une petite fille de neuf ans, Victoria, qu’elle tente d’élever seule.
    C’est grâce à Lucas Lapointe, lieutenant de police, ancien stagiaire du commissaire Menart, bénévole dans une association d’aide à la réinsertion d’anciens détenus, « Nouveau Départ », qu’Antoine croise Stéphanie De Brionne, ancienne journaliste de la presse régionale, qui, après le suicide de son mari, ancien détenu, a fondé cette association humanitaire.
    Si Stéphanie a l’idée de former un binôme entre Lucas Lapointe et Antoine Menart pour les nombreux dossiers de réinsertion dont elle s’occupe, car Antoine avait promis à sa femme de devenir bénévole dans une association humanitaire pour lui rendre hommage.https://numerique.librairieactessud.com/ebook/9791026268666-le-parisien-jacques-suissa/

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