A croquer

« Ruptures », Éliette Abécassis : les mots de la fin

Fidèle lectrice d’Éliette Abécassis, en témoignent mes chroniques de ses très bons romans sur le blog, j’ai franchi le pas du format inédit qu’elle propose avec Ruptures, recueil de 22 nouvelles admirablement narrées et toutes thématiquement reliées, vous l’aurez compris sans difficulté, autour de ces chemins affectifs au début communs et qui se séparent, dévient vers d’autres horizons (supposés être apaisés, mais c’est une autre histoire).

Contre toute attente, il n’y a pas là que des ruptures sentimentales. On trouve dans le recueil des ruptures au sein de fratries, lorsque l’héritage des parents divise les enfants ; il y a celle qui sépare une mère de son bébé, parce qu’obligée de retourner travailler après son congé… Plus douloureux peut-être encore, les amitiés de trente ans qui volent en éclats lorsque la politique, source de tensions, divise…

C’est intelligent, forcément surprenant et souvent redoutablement diabolique. On notera le retour (voulu ?) de certains noms, tel ce M. Bansard, régulièrement réincarné / réinventé selon les récits. Dans tous les cas, Éliette Abécassis pointe du doigt la folie du désamour qui succède régulièrement à la passion des débuts. Plus rien alors ne semble rationnel ou alors si : tout semble soudain résolument rationnel, mathématique, froid, juridique…

« Au début, je prenais ça pour de la passion, de l’intensité. Je me disais qu’elle m’aimait tellement qu’elle ne supportait pas mes défauts. Et puis j’ai compris que c’est tout le contraire. Elle ne tolère pas que j’existe. » (p.119)

Mention spéciale pour deux nouvelles que j’ai trouvées formidables : « Rencontre d’été » et « Braquage ». Tout simplement sublimes d’ingéniosité et confondantes d’évidence.


Nouvelles, Éliette Abécassis, éditions GRASSET, 2026, 221 pages, 20€.

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