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« Le ministère du Temps », Kaliane Bradley : entre anachronismes et néologismes

Il est de ces romans auxquels je ne parviens pas à adhérer, pour mille et une raisons possibles : le thème, le style littéraire, le manque d’épaisseur narrative… Le récit Le ministère du Temps est de ceux-là : j’avoue humblement mon abandon à la 150ème page, mon hésitation à poursuivre malgré tout… Et puis ma résolution à ne plus faire de concession : je refuse aujourd’hui de me forcer à lire un roman qui ne me plaît pas, sans pour autant fustiger l’œuvre ou l’auteur. Il y a des rencontres manquées : je vous raconte celle-ci.

Pourtant, le pitch était inédit : une jeune femme d’origine cambodgienne issue du multiculturalisme anglais a longtemps travaillé pour le gouvernement britannique. Promue au Ministère du Temps (!), sa mission est d’être une « passerelle » pour des « expats » d’un temps révolu et surtout ombrageux (1645, 1665, 1793, 1847 et 1916) ayant échappé à la mort lors de grands événements de l’Histoire (Grande Peste de Londres, la Révolution Française, la Première Guerre Mondiale pour ne citer qu’eux…). Leur condition de survie est d’être déplacés au XXIème siècle, dans une ville et une temporalité qui leur sont totalement inconnues.

« Pour savoir si ces expats avaient réussi à s’adapter à l’avenir, ils avaient besoin d’y vivre, sous la supervision permanente d’un guide. » (p.15)

« Ces individus sont censés être morts. Tant qu’ils sont ici, c’est comme s’ils étaient morts dans leur époque. Et je me dois d’insister : vous devez vous concentrer sur l’adaptabilité à long terme des expats dans notre monde. » (p.52-53)

Ainsi, notre jeune héroïne doit surveiller Graham Gore, un beau trentenaire qui a failli mourir dans les eaux glacées lors d’une expédition polaire. L’acclimatation aux mœurs modernes lui est ponctuellement difficile, et lui comme les autres expats ne cesse d’interroger le présent et ses valeurs contemporaines à la lumière de l’histoire passée, aussi chaotique et douloureuse fût-elle.

La découverte des WC, de la machine à laver ou d’une moto constituent des moments savoureux. Cependant, au bout de 150 pages, à part ce suivi bienveillant des expats par les passerelles, rien de bien palpitant, sinon qu’un dysfonctionnement au sein du Ministère du Temps qui s’annonce. Sans doute ai-je arrêté trop tôt ma lecture, mais il m’a été trop difficile d’adhérer à la dimension dystopique du récit et la lenteur du propos, passablement répétitif et guère crédible…

Dans tous les cas, le premier tiers que j’ai lu s’est avéré agréable, de par l’écriture, charmante. Je retiens l’originalité du propos, d’une grande richesse quant à la réflexion sur les répétitions et les fractures de l’Histoire, ou comment un dialogue temporel peut être envisagé pour en tirer des enseignements… qui nous échappent toujours en 2026, ère ô combien chaotique…


Le ministère du Temps, Kaliane BRADLEY, traduit de l’anglais par Jean Esch, éditions AUTREMENT, 2026, 409 pages, 22€.

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