Un été à bouquiner !

Chers visiteurs et lecteurs, voici une petite partie de mon programme littéraire estival : je m’en réjouis par avance ! Vous noterez que certains titres sont cachés : comptez sur moi pour vous les révéler au plus vite !

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Le délice Läckberg par temps caniculaire

La semaine passée ayant été des plus chaudes, l’idée m’est venue de me « rafraîchir » littérairement (mais si, c’est possible !) avec un merveilleux polar venu du froid : La faiseuse d’anges, de Camilla Läckberg.

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Je trouve vain de faire une présentation du style Läckberg : à l’heure actuelle, elle est une référence absolue en terme de qualité de récit noir. Elle manie à la perfection le page-turner grâce à l’entrelacement des différents fils de l’intrigue et en passant de l’un à l’autre au terme d’un turning-point qui ne peut que mettre le lecteur au supplice !

La faiseuse d’anges ne déroge pas à la règle : une famille a mystérieusement disparu un dimanche de Pâques 1974 sur la petite île de Välo. Seule la petite Ebba, un an à l’époque, a survécu. Aucune trace laissant suspecter un mobile. Trente ans plus tard, Ebba revient à Välo avec son mari, dans l’idée de reprendre la maison familiale et de poursuivre le deuil de leur fils Vincent, mort quelques mois auparavant. Cependant, la quiétude est de courte durée puisqu’un incendie suivi d’une lettre de menace met à mal leurs projets.

Patrick Hedström et son écrivaine de femme Erica Falck enquêtent sur le fond de l’Histoire la plus noire que l’on puisse connaître et dans laquelle une lignée de femmes va construire une filiation quasi-maudite.

On note que Camille Läckberg tend à travailler l’épaisseur narrative des personnages dits « secondaires » tels Martin et Gösta, et c’est une excellente chose.

Vous l’aurez compris, un bon polar qui se dévore en quelques délicieuses heures parfois glaçantes. Et on en redemande !

La faiseuse d’anges, Camilla Läckberg, coll. Actes noirs, éd. Actes Sud, 2011, 437 pages, 23.50 €.

 

 

 

 

 

« Deux soeurs », un roman d’Elizabeth Harrower à découvrir

Intriguée par le titre Deux sœurs, qui présageait une histoire de famille comme je les aime, je me suis empressée d’attaquer la lecture du second roman de l’australienne Elizabeth Harrower, encensée par la critique pour Un certain monde.

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Laura et Clare sont deux soeurs qui ont le malheur, dès le début du roman, de perdre de leur père. C’en est fini des aspirations professionnelles médicales de Laura : leur mère les rappelle à elle. Seulement, le narcissisme et l’égocentrisme de cette dernière la conduit à exploiter ses deux filles : Laura et Clare gèrent toute la logistique domestique tandis que leur mère se prélasse, arguant une convalescence suite au décès de son époux.

Mais un jour, la mère de Laura et Clare trouve l’opportunité de repartir pour la Grande-Bretagne, où l’attend son frère. Afin de se débarrasser de ses filles, elle précipite le mariage proposé par Felix Shaw à Laura, patron de l’usine de boîtes dans laquelle elle a malgré elle atterri. Felix épouse Laura et prend Clare sous son aile, dans une seule et même maison.

Cependant, à la délicieuse conquête menée à force de cadeaux luxueux succède la triste réalité du quotidien : Felix est un tyran alcoolique qui torpille ses propres affaires en contractant des négociations douteuses avec plus fort que lui. De violents accès de rages et d’insidieuses humiliations terrassent Laura, qui ne devient plus que l’ombre d’elle-même. Quant à Clare, observatrice silencieuse mais non moins critique, la révolte sourd…

Fait nouveau, depuis qu’ils vivaient dans cette maison, Clare avait l’impression que les mots, les silences, les gestes et le manque de gestes, la présence et l’absence avaient tous fini par sembler plus significatifs qu’ils ne l’étaient en réalité, par avoir un autre sens que celui qu’ils étaient censés avoir. On croyait pincer la corde de do et entendre un si bémol, si bien que l’esprit recevait sans cesse de petits chocs désagréables, comme si un scientifique s’amusait avec une nouvelle machine. (p.91)

Deux sœurs est un roman agréable mais la fugacité de l’écriture, procédant régulièrement par « touches », tels les éclats de l’eau agitée de vagues, ne m’a pas permis de me laisser aller à la fluidité de la lecture. Il n’en demeure pas moins que ce récit est une référence à découvrir.

Deux sœurs, Elizabeth Harrower, éd. Rivages, 2012, 335 pages, 22.50 €.

 

 

 

« Les visages » – Jesse Kellerman

Une fois n’est pas coutume, j’assume la banalité du proverbe « Mieux vaut tard que jamais », surtout lorsqu’il s’agit d’une très bonne découverte littéraire.

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Ainsi, avec Les visages, de Jesse Kellerman, on découvre un roman qui se joue d’emblée des codes du policier, de par la dimension réflexive introductrice et conclusive du narrateur-personnage Ethan Muller, qui met à distance le processus de l’écriture policière :

Et merde. Je m’étais promis de faire un effort pour ne pas parler comme un sale con prétentieux. Il faut que je fasse plus roman noir ; en tout cas j’aimerais bien. Mais je ne crois pas que ce soit mon truc. D’écrire par petites phrases hachées. D’employer des métaphores pour décrire des blondes sensuelles […]. Je n’y arrive pas, alors pourquoi me forcer ? (p.11)

Si je suis toujours en train d’écrire un roman policier – et je n’en suis pas sûr -, j’imagine qu’on est arrivé à l’endroit du livre où je règle tous les détails qui restent en suspens et où je vous rassure sur le fait que justice a été rendue. Ceux d’entre vous qui attendaient une fin spectaculaire risquent d’être un peu déçus et je m’en excuse. Vous n’avez pas tenu jusqu’ici sans être en droit d’espérer une forme ou une autre de bouquet final. (p.431)

Cette considération littéraire faite, revenons-en au roman : Ethan Muller est un talentueux marchand d’art new-yorkais. Il dirige avec succès une galerie et il est l’héritier de la dynastie des Muller, dont l’enrichissement provient en partie des investissements immobiliers. Le seul problème rencontré par Ethan est son refus de communiquer avec son père.

Un jour, l’associé du père d’Ethan vient lui rendre visite à la galerie pour l’informer que Voctor Cracke, locataire d’un appartement de l’un des nombreux immeubles Muller, a laissé son logement mais aussi une énorme quantité de dessins. Intrigué, Ethan découvre ces dessins et leur incroyable complexité artistique : il est en sûr, il tient là un nouveau génie.

L’exposition qu’il organise est un succès. Cependant, il est contacté peu de temps après par un policier à la retraite : ce dernier a reconnu dans l’œuvre gigantesque de Cracke, en son centre, cinq visages d’enfants. Des visages d’enfants assassinés il y a des décennies. Cracke serait-il un génie doublé d’un odieux pervers ? L’enquête peut commencer…

L’originalité de ce récit est que l’enquête policière est doublée d’analepses, de retours dans le passé expliquant la généalogie des Muller, en commençant par le patriarche venu chercher fortune aux USA en 1847. L’alternance entre le chapitre d’enquête et le chapitre généalogique fait rapidement apparaître des clés dont s’empare progressivement le lecteur. Jusqu’à la révélation finale, une évidence.

Outre l’enjeu policier du roman, volontairement tourné en dérision par le narrateur-personnage comme nous l’avons vu, est aussi et surtout l’histoire du père : avoir un père, devenir père, être père… Fantastique. Quant à l’enquête, il s’agit plus d’une quête, d’une recherche : celle des origines.

Pour conclure, je vous recommande chaleureusement ce roman, que l’on dévore littéralement, tel un page-turner digne des meilleurs !

Les visages, Jesse Kellerman, Points Seuil, 2010, 474 pages, 7.90€.

 

« Hors-Service » (S. Krapu) : que toute âme de control freak le lise !

Ayant moi-même une âme de control freak assumée, je me suis empressée de découvrir ce délicieux roman de Solja Krapu recommandé chaleureusement par ami.

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De fait, Eva-Lena Eliasson est une enseignante mariée et mère de trois enfants, à la vie parfaitement réglée. La psychorigidité latente du personnage ne tarde pas à apparaître comme le centre du récit. En effet, Eva-Lena n’accorde aucune place à l’originalité, préférant l’utile, le fonctionnel, le commode afin d’être la plus performante possible, que ce soit dans la tenue de sa maison que l’ordre de sa classe :

 

Elle retira toutes les couvertures et la literie, fit la poussière, et récura tout, y compris la lampe de la cuisine qu’on oubliait si facilement. Elle lava les vitres, déplaça la cuisinière, puis s’attaqua à l’encadrement des portes, aux placards, et aux marches de l’escalier. Puis ce furent les toilettes, la salle de bain et le miroir de l’entrée, l’escalier qui descendait à la cave, qui avait vraiment besoin d’être nettoyé, et même le placard à balais qui était plein de poussière et de graviers – il fallait tout sortir et nettoyer. Quand elle astiquait quelque chose, elle voyait déjà ce dont il fallait s’occuper ensuite, et c’est ainsi qu’elle nettoya toute la maison. (p.119)

J’avais fait la liste de tout ce que je devais avoir le temps de faire pendant mon heure de libre. Comme à mon habitude. Il y avait une longue liste de grandes et de petites choses […]. Je lui ai expliqué que j’étais obligée de noter des choses pour ne pas avoir à tout garder en tête. Je ne voulais pas risquer d’oublier quelque chose d’important – cela arrive si facilement. Le problème est simplement que, presque tout le temps, d’autres choses viennent à leur tour s’immiscer. (p.131)

Guère de place à la fantaisie, donc peu de surprise pour Eva-Lena à voir son mari s’éloigner progressivement d’elle.

Malgré ce constat, elle ne peut s’empêcher d’anticiper la suite : c’est ainsi que son excès de zèle la pousse à retourner à son collège un vendredi soir pour faire des photocopies. Sauf qu’Eva-Lena se retrouve prisonnière dans la salle de la photocopieuse, sans portable si personne dans le bâtiment.

Coincée, elle commence tout d’abord par tout ranger dans la pièce ; puis, à consigner par écrit ses pensées (elle dispose de nombreuses ramettes, c’est évident). C’est aussi l’occasion pour elle d’entamer un long flash-back depuis sa rentrée scolaire jusqu’à ce soir d’octobre : alternant entre la voix narrative d’Eva-Lena et d’un narrateur omniscient, le lecteur en apprend progressivement plus sur ses relations avec sa famille, ses collègues.

Prisonnière, enfermée et littéralement « hors-service », la jeune femme prend progressivement conscience du carcan dans lequel elle s’est enfermée à trop vouloir bien faire.

Le prix de sa survie est-il uniquement physique, ou sera-t-elle sauvée par la révélation de ses propres dysfonctionnements ?

Cette petite pépite suédoise est extraordinaire et nous renvoie à notre propre fonctionnement au quotidien. Où est la limite dans le contrôle de soi ? Comment lâcher prise lorsque l’on veut que tout soit sous contrôle ?

Un livre qui vous parlera, j’en suis sûre !

Hors-Service, Solja Krapu, éditions Gaïa, 2011, 271 pages, 21.30€.

 

So many reasons why….

Intriguée par le buzz créé autour de la série « 13 reasons why » adaptée pour Netflix par Selena Gomez, je n’ai pas hésité à m’emparer du roman original de Jay Asher, écrit en 2007 mais publié tardivement en France (2010).

 

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Clay Jensen, un lycéen sans histoire, reçoit peu de jours après le suicide d’Hannah Baker un colis dans lequel il trouve 7 cassettes comportant 13 enregistrements. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir sur ces cassettes la voix disparue d’Hannah : celle-ci y annonce qu’au fur et à mesure de 13 enregistrements, elle va évoquer les 13 raisons (les 13 personnes) qui l’ont amenée à commettre l’irréparable.

Et le récit d’alterner entre l’enregistrement d’Hannah et les commentaires et impressions de Clay, de plus en plus sonné au fur et à mesure que s’amoncellent les noms de certains camarades. Le lycéen prend progressivement conscience que des détails, a priori sans signification, ont pu faire basculer un peu plus chaque jour la vie d’Hannah dans l’enfer. Un enfer du quotidien, de la rumeur, de la réputation, de l’image.

Vous ignorez ce qui se passait dans le reste de mon existence. Chez moi. Même au lycée. Personne ne connaît vraiment la vie des autres, seulement la sienne. Et quand on bousille une partie de la vie de quelqu’un, ça ne se limite pas à cette partie-là. Hélas, nul n’est jamais aussi précis, aussi sélectif. Quand on bousille une partie de la vie de quelqu’un, on bousille sa vie tout entière.

Tout… a une influence sur le reste. (p.200)

Il est terrible pour Clay de prendre conscience que le récit d’Hannah intervient trop tard : il ne peut revenir en arrière et la sauver alors qu’il aurait pu, par un geste, faire quelque chose. Si Hannah soulage son coeur au fur et à mesure des enregistrements, la culpabilité plombe progressivement celles de ses oppresseurs successifs.

Jay Asher traite sans excès dans le pathos le harcèlement dont sont victimes de nombreuses adolescents. Sous l’apparence de remarques banales se cache parfois la volonté de nuire. Or, difficile de savoir quelles peuvent être les conséquences de cet acharnement discret : que se passe-t-il une fois les portes du lycée refermées ? Comment le harcèlement commence-t-il ? Comment y mettre fin sans que ce soit par le suicide ?

Ce thème ô combien délicat est littérairement bien traité : le livre se lit très vite car nous sommes happés par l’enchaînement des récits, poussés par le désir d’arriver à  la treizième raison, la dernière avant l’inéluctable.

Je terminerai cette chronique en vous proposant la BO de la série qui résume parfaitement le contenu du roman :

13 reasons why, Jay Asher, éditions Albin Michel, 2007, 284 pages, 14.50€.