« Hors-Service » (S. Krapu) : que toute âme de control freak le lise !

Ayant moi-même une âme de control freak assumée, je me suis empressée de découvrir ce délicieux roman de Solja Krapu recommandé chaleureusement par ami.

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De fait, Eva-Lena Eliasson est une enseignante mariée et mère de trois enfants, à la vie parfaitement réglée. La psychorigidité latente du personnage ne tarde pas à apparaître comme le centre du récit. En effet, Eva-Lena n’accorde aucune place à l’originalité, préférant l’utile, le fonctionnel, le commode afin d’être la plus performante possible, que ce soit dans la tenue de sa maison que l’ordre de sa classe :

 

Elle retira toutes les couvertures et la literie, fit la poussière, et récura tout, y compris la lampe de la cuisine qu’on oubliait si facilement. Elle lava les vitres, déplaça la cuisinière, puis s’attaqua à l’encadrement des portes, aux placards, et aux marches de l’escalier. Puis ce furent les toilettes, la salle de bain et le miroir de l’entrée, l’escalier qui descendait à la cave, qui avait vraiment besoin d’être nettoyé, et même le placard à balais qui était plein de poussière et de graviers – il fallait tout sortir et nettoyer. Quand elle astiquait quelque chose, elle voyait déjà ce dont il fallait s’occuper ensuite, et c’est ainsi qu’elle nettoya toute la maison. (p.119)

J’avais fait la liste de tout ce que je devais avoir le temps de faire pendant mon heure de libre. Comme à mon habitude. Il y avait une longue liste de grandes et de petites choses […]. Je lui ai expliqué que j’étais obligée de noter des choses pour ne pas avoir à tout garder en tête. Je ne voulais pas risquer d’oublier quelque chose d’important – cela arrive si facilement. Le problème est simplement que, presque tout le temps, d’autres choses viennent à leur tour s’immiscer. (p.131)

Guère de place à la fantaisie, donc peu de surprise pour Eva-Lena à voir son mari s’éloigner progressivement d’elle.

Malgré ce constat, elle ne peut s’empêcher d’anticiper la suite : c’est ainsi que son excès de zèle la pousse à retourner à son collège un vendredi soir pour faire des photocopies. Sauf qu’Eva-Lena se retrouve prisonnière dans la salle de la photocopieuse, sans portable si personne dans le bâtiment.

Coincée, elle commence tout d’abord par tout ranger dans la pièce ; puis, à consigner par écrit ses pensées (elle dispose de nombreuses ramettes, c’est évident). C’est aussi l’occasion pour elle d’entamer un long flash-back depuis sa rentrée scolaire jusqu’à ce soir d’octobre : alternant entre la voix narrative d’Eva-Lena et d’un narrateur omniscient, le lecteur en apprend progressivement plus sur ses relations avec sa famille, ses collègues.

Prisonnière, enfermée et littéralement « hors-service », la jeune femme prend progressivement conscience du carcan dans lequel elle s’est enfermée à trop vouloir bien faire.

Le prix de sa survie est-il uniquement physique, ou sera-t-elle sauvée par la révélation de ses propres dysfonctionnements ?

Cette petite pépite suédoise est extraordinaire et nous renvoie à notre propre fonctionnement au quotidien. Où est la limite dans le contrôle de soi ? Comment lâcher prise lorsque l’on veut que tout soit sous contrôle ?

Un livre qui vous parlera, j’en suis sûre !

Hors-Service, Solja Krapu, éditions Gaïa, 2011, 271 pages, 21.30€.

 

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