« Les visages » – Jesse Kellerman

Une fois n’est pas coutume, j’assume la banalité du proverbe « Mieux vaut tard que jamais », surtout lorsqu’il s’agit d’une très bonne découverte littéraire.

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Ainsi, avec Les visages, de Jesse Kellerman, on découvre un roman qui se joue d’emblée des codes du policier, de par la dimension réflexive introductrice et conclusive du narrateur-personnage Ethan Muller, qui met à distance le processus de l’écriture policière :

Et merde. Je m’étais promis de faire un effort pour ne pas parler comme un sale con prétentieux. Il faut que je fasse plus roman noir ; en tout cas j’aimerais bien. Mais je ne crois pas que ce soit mon truc. D’écrire par petites phrases hachées. D’employer des métaphores pour décrire des blondes sensuelles […]. Je n’y arrive pas, alors pourquoi me forcer ? (p.11)

Si je suis toujours en train d’écrire un roman policier – et je n’en suis pas sûr -, j’imagine qu’on est arrivé à l’endroit du livre où je règle tous les détails qui restent en suspens et où je vous rassure sur le fait que justice a été rendue. Ceux d’entre vous qui attendaient une fin spectaculaire risquent d’être un peu déçus et je m’en excuse. Vous n’avez pas tenu jusqu’ici sans être en droit d’espérer une forme ou une autre de bouquet final. (p.431)

Cette considération littéraire faite, revenons-en au roman : Ethan Muller est un talentueux marchand d’art new-yorkais. Il dirige avec succès une galerie et il est l’héritier de la dynastie des Muller, dont l’enrichissement provient en partie des investissements immobiliers. Le seul problème rencontré par Ethan est son refus de communiquer avec son père.

Un jour, l’associé du père d’Ethan vient lui rendre visite à la galerie pour l’informer que Voctor Cracke, locataire d’un appartement de l’un des nombreux immeubles Muller, a laissé son logement mais aussi une énorme quantité de dessins. Intrigué, Ethan découvre ces dessins et leur incroyable complexité artistique : il est en sûr, il tient là un nouveau génie.

L’exposition qu’il organise est un succès. Cependant, il est contacté peu de temps après par un policier à la retraite : ce dernier a reconnu dans l’œuvre gigantesque de Cracke, en son centre, cinq visages d’enfants. Des visages d’enfants assassinés il y a des décennies. Cracke serait-il un génie doublé d’un odieux pervers ? L’enquête peut commencer…

L’originalité de ce récit est que l’enquête policière est doublée d’analepses, de retours dans le passé expliquant la généalogie des Muller, en commençant par le patriarche venu chercher fortune aux USA en 1847. L’alternance entre le chapitre d’enquête et le chapitre généalogique fait rapidement apparaître des clés dont s’empare progressivement le lecteur. Jusqu’à la révélation finale, une évidence.

Outre l’enjeu policier du roman, volontairement tourné en dérision par le narrateur-personnage comme nous l’avons vu, est aussi et surtout l’histoire du père : avoir un père, devenir père, être père… Fantastique. Quant à l’enquête, il s’agit plus d’une quête, d’une recherche : celle des origines.

Pour conclure, je vous recommande chaleureusement ce roman, que l’on dévore littéralement, tel un page-turner digne des meilleurs !

Les visages, Jesse Kellerman, Points Seuil, 2010, 474 pages, 7.90€.

 

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