« La reine des quiches », Sophie de Villenoisy : la chance finit toujours par arriver tant que l’on continue d’espérer

Murielle Petit n’a jamais eu de chance dans sa vie : sa vie professionnelle se cantonne à écrire des articles pour la rubrique « Animaux » dans Télé 7 Jours ; sa mère l’ignore et ne lui accorde aucune marque d’affection ; sa sœur la relègue dans l’ombre pour garder sauve l’illusion de briller.

« Mais surtout elle se glissait dans la peau de sa sœur Murielle en frissonnant, comme on enfile à regret une combinaison en latex trop étroite, toute froide et mouillée. Il faut bien l’avouer, son aînée était sa plus grande source de réconfort. Dès qu’elle avait un petit coup de mou, une certaine lassitude, elle pensait à sa sœur et son moral revenait au beau fixe. L’effet était quasi immédiat. A ses côtés, elle se savait débordée, mais radieuse, privilégiée, épanouie, comblée. C’est bien simple, tout les opposait, jusqu’à leur physique. Cathy était brune comme leur mère, au fil des grossesses elle s’était enveloppée, arrondie, épaissie, mais dans les bons jours elle se considérait comme féminine et même voluptueuse. Tandis que cette pauvre Murielle… sans compter ses problèmes de peau. » (p.51)

Pire encore : elle qui aimerait tant être maman enchaîne les fausses couches.

Bref, sa vie est un désastre et son hypersensibilité lui provoque des rougeurs incontrôlables et disgracieuses.

Reine des quiches

Heureusement, elle peut compter sur le soutien inébranlable de son mari, Jérôme, ainsi que sur le réconfort de l’écriture, malgré les multiples refus qu’elle essuie des différentes maisons d’édition.

« La vie les narguait cruellement. Murielle tombait enceinte, mais n’avait jamais d’enfant. De même qu’elle écrivait des manuscrits qui ne devenaient jamais des romans. Jusqu’à aujourd’hui. » (p.33)

En effet, Murielle reçoit un jour un coup de fil d’Antoine Gallimard lui-même : il lui propose d’éditer son récit le plus intime, Ceci est mon corps, flairant le best-seller de la rentrée littéraire. Tremblement dans la vie de Murielle  : on lui déroule d’un coup le tapis rouge de la scène littéraire. Si elle a enchaîné les fausses couches et les refus d’éditeur, enfin elle parvient à accoucher de son premier bébé littéraire !

Il faut pourtant compter avec son naturel : Murielle est-elle prête à assumer ce changement de vie inespéré, de passer de l’ombre à la lumière, elle la modeste inconnue si discrète et si effacée ? Ce renversement de situation peut-il opportunément impacter sa relation avec sa mère et sa sœur ?

« Mais Murielle en avait plus qu’assez de toutes ces roucoulades autour de son livre. Ceci est mon corps était un cri qui venait du fond de ses tripes, elle ne voulait pas faire des courbettes à tous ces influenceurs, blogueurs, chroniqueurs ou éditorialistes que comptait la capitale. Elle se sentait comme ces animaux exotiques que l’on drogue pour permettre à une tripotée de touristes de faire des selfies. » (p.132)


Pour son troisième roman, Sophie de Villenoisy signe un texte léger mais qui se veut également sérieux en accordant une large part à certains sujets de société, tels l’incapacité à enfanter, l’addiction à la popularité sur les réseaux sociaux par une savante mise en scène de son quotidien…

« Sans compter son blog (celui de la sœur de Murielle), qui représentait une charge mentale supplémentaire et lui demandait aussi beaucoup d’énergie. Cette course aux courbes d’audience était le plus souvent épuisante. […] Tous ces likes, ces commentaires, ces partages, ça la galvanisait. Et plus elle regardait ses photos et ses vidéos postées sur son blog, plus ça la confortait sur son bonheur familial. » (p.53)

Retenons que La reine des quiches est avant tout un roman feel-good dans l’air du temps, un récit plaisant qui se lit d’une traite, avec son lot de surprises (plutôt convaincantes). Sophie de Villenoisy parvient – globalement – à éviter les clichés du genre (et ça fait du bien !!!) pour proposer un roman touchant, roman qui fait la part belle à la nécessité d’espérer.

« Elle écrivait des histoires comme on remonte à la surface pour faire le plein d’oxygène avant de replonger dans les profondeurs de l’ennui. […] Malgré les fausses couches et les manuscrits refusés, malgré le rejet et la honte. Parce qu’elle était comme ça, Murielle, après être passée par toutes les phases de la colère, de la révolte et du chagrin, après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, elle ne pouvait s’empêcher d’y croire, d’espérer, de prier pour qu’un jour peut-être… » (p.12)


La reine des quiches, Sophie de VILLENOISY, éditions Denoël, 2018, 200 pages, 19€.

Roman gracieusement envoyé par le service presse des éditions Denoël.

 

3 commentaires sur “« La reine des quiches », Sophie de Villenoisy : la chance finit toujours par arriver tant que l’on continue d’espérer

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