« La nuit ne dure pas », Jules Gassot : dandysme pseudo-festif

Paul Broca, un quarantenaire qui a divorcé d’Alice, va passer les fêtes de Noël chez sa mère à Genève puis du 31 décembre chez sa sœur Raphaëlle à Méribel.

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Homme désabusé et au cynisme mordant, il donne à voir une galerie de portraits de famille et d’amis incisifs, à commencer par sa mère, Mamusia, une veuve économe en tout, qu’il s’agisse de dépenses ou d’effusions. Puis, par sa sœur Raphaëlle, modèle de style de vie healthy autour de son mari Étienne et de ses trois enfants. Seulement, on ne montre parfois que ce que l’on veut bien montrer, mais il est aisé de gratter le vernis, et Paul s’y emploie à merveille.

Le court séjour de Paul est une occasion pour lui de renouer avec la famille mais aussi de retrouver un amour passé.

« Le passé me pète à la gueule. Les effluves du temps n’y ont rien changé, je bous d’excitation et d’affliction. Je pensais avoir enterré mon démon, voici qu’il remonte à la surface. » (p.94)

Le paradoxe du personnage, c’est sa manière de retisser des liens tout en faisant preuve d’un détachement que l’on pourrait estimer parfois teinté de misanthropie. Mais cela crée un récit à l’humour certain (le périple de Genève à Méribel confère à l’odyssée) et les aphorismes du narrateur y sont pour beaucoup.

« Ma sœur, si pudique d’habitude, s’accroche à moi comme à une bouée de sauvetage. Je sèche quelques larmes qui ruissellent sur ses joues. Elle touche le fond de la piscine. Je regrette de ne pas avoir mon brevet de secourisme. Mais personne n’a son brevet de secourisme dans un moment pareil. » (p.113)

Paul Broca est un contemplatif pas très complaisant, un dandy moderne plutôt sympathique à défaut d’être empathique.

« Si la mémoire prend des photos, la mienne rate quelques tirages. » (p.172)

Ce roman de Jules Gassot est admirablement bien écrit et les saillies très wildiennes y sont pour beaucoup. Néanmoins, je n’ai pas vraiment adhéré au contenu narratif : le caractère du personnage peut en être l’origine.


La nuit ne dure pas, Jules GASSOT, éditions Rivage, 2019, 185 pages, 17.80€.

3 commentaires sur “« La nuit ne dure pas », Jules Gassot : dandysme pseudo-festif

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