« La maîtresse de mon amant », Maggie O’Farrell : dédoublements amoureux

Lorsque Lily rencontre Marcus, c’est tout d’abord par accident : il la retient alors qu’elle trébuchait sur un trottoir pour se rendre à une exposition. Lorsqu’ils se recroisent, c’est par un hasard de circonstances puisque ils ont tous deux été conviés à ladite exposition. Et quand enfin ils vivent ensemble, c’est par une alchimie évidente.

La maîtresse de mon amant.jpg

Lily accepte en effet rapidement la proposition spontanée de Marcus à devenir sa colocataire dans l’immense loft londonien qu’il occupe, fruit de ses études d’architecte. Pour elle, ballotée de petits boulots en petits boulots, c’est une perspective des plus attirantes (à tout point de vue…), bien plus en tout cas que de vivre chez sa mère. Lily tombe dans les bras de Marcus très peu de temps après son emménagement, ayant résisté en vain à la tentation charnelle.

Lily occupe la chambre de l’ancienne petite amie de Marcus, Sinead. Or, de nombreuses traces de sa présence sont encore présentes lorsque Lily découvre pour la première fois le loft : Sinead serait-elle partie dans la précipitation ? Pourquoi Marcus semble-t-il mutique dès qu’il s’agit de son ex-compagne ?

« Ça la dérange, la déstabilise ; elle a envie de demander ce qui est arrivé, pourquoi la fille est partie, quand elle est partie. Qu’est-ce qui peut bien faire filer quelqu’un avec une violence aussi manifeste ? Qu’est-ce qui peut mettre un terme à une relation si soudainement qu’on parte sans même emporter ses vêtements ? La chambre lui fait le même effet qu’un accident – un spectacle qu’on se sent perversement obligé de regarder, mais auquel on ne veut pas être mêlé. » (p.32)

Mais le spectre de Sinead rôde et Lily accumule les visions troublantes : chaque geste du quotidien semble faire apparaître celle qui occupait sa place il y a peu de temps de encore. Terrifiée par ces hallucinations, Lily n’arrive plus à faire face : c’en est trop pour elle, elle doit savoir ce qui est arrivé à Sinead.

« Dans l’obscurité de la pièce elle devine les contours noirs de son reflet dans le miroir. Elle le scrute fiévreusement : elle n’a ni visage, ni traits particuliers, ni dimensions. […] Que vient-il se se passer ? […] Une vision ? » (p.78)

Même Aidan, le troisième colocataire de l’appartement et surtout le meilleur ami de Marcus, a prévenu Lily de prendre ses distances vis-à-vis de Marcus.

« Écoutez, je ne vous dirai qu’une chose. Si vous avez un tant soit peu de bon sens, ne vous approchez pas de Marcus. » (p.87)

Alors, que s’est-il passé entre Lily et Marcus ? Lily court-elle un risque que Sinead aurait déjà pris à ses dépens ? Quel danger Marcus représente-t-il ?


La maîtresse de mon amant est un très bon roman, qui se lit avec plaisir dans la mesure où la narration cultive suspense et sentiments amoureux, sans mièvrerie aucune. Organisé en quatre chapitres, le récit varie les points de vue, passant tantôt de Lily à Aidan puis à Sinead. La complexité polyphonique est donc un critère clé de la qualité du texte.

Les retournements de situation sont crédibles, les moments de frayeur certains mais délectables.

« Sinead n’a encore jamais été aussi surprise de sa vie. Si quelqu’un lui avait demandé ce que Marcus pourrait faire de plus improbable, elle aurait pu trouver ça, tout en se disant que ce n’était vraiment pas du tout dans le domaine des choses possibles pour lui. » (p.229)

Maggie O’Farrell joue sur un tempo binaire : les duos de couple (Marcus – Sinead / Marcus – Lily) et les duels (Marcus – Aidan / Lily – Sinead). Mais cette dynamique peut rapidement basculer et le lecteur se réjouir d’autant d’ingéniosité narrative !

« Dans un recoin de son cerveau elle pense qu’elle doit parler, apprendre ce qui s’est passé, franchir d’une manière ou d’une autre ce fossé qui s’est creusé entre eux, mais elle ne trouve rien à dire. » (p.234)

Un bon moment de lecture, qui multiplie les prismes miroitants et les portes dérobées pour mieux surprendre le lecteur.

« Si elle aime Marcus – aime-t-elle Marcus ? -, elle doit lui dire ce qu’elle sait. Elle doit être franche. Mais il pourrait se mettre en colère. Pourquoi ? Parce qu’il a fait quelque chose de mal. Mais si elle estime qu’il a mal agi, pourquoi l’aime-t-elle – l’aime-t-elle ? – pourquoi reste-t-elle avec lui ? Et si elle l’aime toujours en sachant ce qu’il a fait, n’a-t-elle pas tort ? » (p.311)


La maîtresse de mon amant, Maggie O’FARRELL, traduit de l’anglais par Michèle Valencia, éditions 10/18 pour le format poche, éditions Belfond, 2003, 361 pages, 8.40€.

 

2 commentaires sur “« La maîtresse de mon amant », Maggie O’Farrell : dédoublements amoureux

Ajouter un commentaire

Répondre à vanadze17 Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :