« Battements de cœur », Cécile Pivot : l’amour sublime qui fut, est et ne sera plus…

Anna, éditrice de renom et femme déterminée à réussir, assume sa vie de maman solo et de maîtresse exigeante avec ses amants d’un soir.

Paul, après deux enfants de deux mères différentes, a décidé de fuir les emmerdeuses notoires et de se complaire dans des relations légères avec de plantureuses blondes ou rousses.

Battements de coeur

Lorsque Paul et Anna font connaissance, leur rencontre n’a rien d’une évidence : elle, petite brune chétive et effacée, n’a a priori rien pour plaire à Paul. Ce dernier, quelque peu bourru et taciturne, n’a pas un abord facile. Et pourtant le charme opère : intrigué et décontenancé par ce petit bout de femme, Paul invite Anna à dîner. Le point de départ de l’évidence, enfin, alors que tout semblait les opposer.

« Elle aime la ville, lui la nature. Elle aime la mer, lui la campagne. Elle lit beaucoup, lui peu. Elle fréquente les théâtres, lui les cinémas. Elle adore les chats, lui les chiens. Elle est bordélique, il est maniaque. Elle se couche tard, il se lève à l’aube. Elle dort mal, lui comme un bébé. Elle est de l’hiver, lui du printemps. Elle goûte les bourgognes, lui les bordeaux. Ces dissemblances deviennent vite un jeu entre eux. Ils se séduisent, se défient, tentent de se convaincre qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre, mais c’est perdu d’avance et ils le savent. Paul a levé les barricades, cesse de se méfier. Sans se l’avouer, ils font le même constat : ils n’ont rien en commun et c’est ça qui est merveilleux. » (p.75-76)

La valse d’un amour fou, entier, absolu, débute ; le tempo va grandissant et la danse intègre progressivement les enfants de l’un et de l’autre jusqu’à trouver l’harmonie approximative de l’ensemble.

« Ils vont fonder la famille recomposée parfaite. Tout est tellement facile, la vie si délicieuse. Anna n’en revient pas, mais continue à se méfier de ce bonheur qui la porte là où elle n’est jamais allée. C’est trop beau, elle va le payer, se dit-elle malgré elle. » (p.121)

Le couple Anne – Paul atteint son acmé : fusion idyllique, chacun semble s’être trouvé dans l’autre.

Pourtant, les fantômes du passé d’Anna (des parents certainement aimants mais totalement distants, voire indifférents ; la fuite du père de ses enfants, homme gentil mais ennuyeusement prévisible…) qui l’ont laissée en mal d’amour ont raison de la solidité du couple et de la patience de Paul face aux béances affectives de sa compagne. Lui qui, comme elle, aime tant les mots, peine à trouver ceux qui peuvent encore la rassurer.

« Anna voudrait faire taire la petite fille mal aimée et fragile qui resurgit ce matin-là, donner toute sa place à la femme sûre de son travail, à la mère protectrice, à l’amoureuse passagère et légère, qui n’a rien concédé aux hommes, le cœur barricadé pour que personne ne l’atteigne. » (p.91)

La séparation est-elle inéluctable ? Le couple peut-il faire fi de cette apparente fatalité qui l’amènerait à reproduire les schémas amoureux – des échecs – du passé ? Peut-on se séparer et s’aimer, pourtant, toujours ?

« C’est bien Paul, c’est bien Anna, et pourtant, rien n’est plus pareil. » (p.181)


Battements de cœur est un formidable roman qui célèbre l’histoire d’un amour parmi tant d’autres, dans un schéma plus qu’actuel : naissance, apogée et déclin amoureux de deux êtres qui ont déjà vécu et trimballent avec eux marmots et fêlures du passé. Recomposition de figures éclatées et abîmées qui osent tenter d’aimer à nouveau.

Les cœurs d’Anna et de Paul battent sur différents tempos : le rythme est endiablé lorsque éclate la fougue amoureuse ; il est apaisé lorsque l’amour est assuré ; il passe du ralenti à l’arrêt lorsque la relation devient un fil ténu en suspension, sur le point de se rompre.

Ce premier roman de Cécile Pivot est, à bien des égards, bouleversant. Elle donne à voir et à comprendre la genèse d’un amour, son histoire, en questionnant le déterminisme amoureux : sommes-nous en amour tels que les autres nous ont aimés ? Devenons-nous des « sujets » aimants prédéfinis après avoir été des « objets » aimés ? Peut-on s’affranchir des manques et des erreurs dans notre façon d’aimer ou d’avoir été aimé(e) ? Pourrais-je résumer cela à : « Dis-moi comment on t’a aimé(e) et je te dirai comment tu aime(ra)s » ?

« Et peut-être que notre enfance, quels que soient nos succès ultérieurs, finit toujours par nous rattraper. » (p.158)

La plume de l’écrivaine est d’une délicieuse délicatesse et d’une pudeur touchante pour rendre compte de la complexité de chacun des personnages : un délice littéraire !

Notons que ce roman est plus que jamais en phase avec le schéma moderne de la famille recomposée dans laquelle chacun doit composer avec le tout. Cécile Pivot montre que l’on peut aimer encore, à nouveau. Pourvu que le cœur s’affranchisse de ses anciens liens.

« Il avait oublié ce qu’était de donner sans compter, de se mettre à nu, de prendre des risques. » (p.93)

Battements de cœur est un énorme coup de cœur, que je vous recommande vivement !


Battements de cœur, Cécile PIVOT, éditions Calmann-Lévy, 2019, 269 pages, 17.90€.

4 commentaires sur “« Battements de cœur », Cécile Pivot : l’amour sublime qui fut, est et ne sera plus…

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    1. Bonjour Cécile, je suis extrêmement touchée par votre commentaire sur ma chronique. Votre roman a été un bonheur de lecture. Soyez sûre que je le recommande chaleureusement. Au plaisir de suivre vos aventures littéraires ! Bien à vous. Mes p’tits lus

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