A croquer

« Une gifle », Marie Simon : comme un boomerang

Peut-on échapper au déterminisme familial ? Peut-on s’affranchir des séquelles de l’enfance ?

C’est là tout le sujet du roman de Marie Simon, dans lequel elle part de l’enfance de ses deux protagonistes : lui, Antoine, est la victime d’un père tyrannique, qui les frappe lui et sa mère, le rabaisse en permanence ; elle, la femme anonyme, est l’enfant giflée, pincée, punie à outrance par des adultes imperméables à ses pleurs. Chacun de leur côté, ils vont tenter de fuir : lui va se donner corps et âme à ses études de médecine, tout en enchaînant les coups de speed et les coups de rein lors de fêtes nocturnes interminables et interminablement abreuvées ; elle va se faire vomir, toujours plus, et être brinquebalée d’un amant tyrannique à un autre, molestée, forcée d’avorter.

« Je serai quelqu’un, que ça lui plaise ou non, il sera forcé de le reconnaître. Je serai le médecin en lequel il ne croit pas, je serai le fils qui réussit et qui respecte les gens autour de lui, je ne serai pas comme ce gros con. » (p.40)

Lorsque Antoine et elle se rencontrent, la vie les a bien amochés, mais ils n’en laissent rien paraître. Lui a cinquante ans, dix ans de vie commune avec la mère de son fils Oscar et aucun regret du passé ; elle a un fils, Mio, que le père biologique refuse de reconnaître.

Pourtant, leur histoire est une fulgurance : ils dépendent l’un de l’autre. Pourtant, en deux ans de passion, des signes de discordance apparaissent, mais jamais ils n’en font cas. Après tout, rien de dramatique à se disputer le jour de la Saint Valentin ; il y a pire que d’oublier un anniversaire de rencontre. On ne va pas crier au scandale de laisser le petit Mio seul alors qu’Antoine sort avec son fils. Non ?

Antoine apprécie que jamais sa compagne ne moufte. Il apprécie que jamais elle ne réclame d’excuses. Des excuses ? Après tout, il n’a rien fait de dramatique. Mais la mauvaise foi du quinquagénaire peut-elle avoir raison de la solidité du couple ?

« Je n’ai pas de mesure parce qu’on ne me l’a pas apprise. Je suis colérique, parce que mon père l’était. Enfin, je ne demande pas pardon parce qu’on ne m’a jamais demandé pardon. Après tout ce qu’on m’a fait, c’est quand même pas moi qui vais m’excuser, si ? » (p.219)

Quand Antoine gifle Mio puis sa mère, le spectre du passé revient tel un boomerang : serait-il devenu son propre père ? Et elle, doit-elle faire le constat que même adulte elle se laisse tyranniser par son entourage ?

Triste constat d’une impossible résilience.

« On a été violent avec moi, je ne vois pas comment je pourrais l’être à mon tour. Ce serait un comble. » (p.222)

Marie Simon signe un roman très fort où la brutalité (des mots, des gestes, des actes) prend le dessus sur les fulgurances de tendresse. Elle propose une réflexion d’une grande pertinence sur la capacité des humains à échapper au schéma d’un déterminisme (social, affectif) fondé lors de l’enfance. La réponse ? Le roman en propose deux : l’espoir est hypothétiquement sauf, même si les protagonistes n’en sortent pas indemnes.

« L’unique moyen de se débarrasser des monstres, c’est de les accepter. » (p.69)

Une gifle, Marie SIMON, éditions AUTREMENT, 2020, 265 pages, 17.90€.

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