A croquer

« La sainte paix », André Marois : prête à tout !

Jacqueline Latourette coule des jours tranquilles depuis toujours dans sa jolie maison, qui lui permet de profiter chaque jour d’un panorama idyllique depuis son surplomb stratégique : une charmante rivière, des prairies et des bois alentours et pour seule voisine Madeleine, veuve comme elle. Une paisibilité que pour rien au monde elle ne voudrait voir troublée.

Mais lorsque Madeleine lui annonce son désir de vendre son chalet pour se rapprocher de la ville et de son fils afin de mieux appréhender la maladie dégénérative qui lui fait renoncer à son petit bout de paradis à elle aussi, Jacqueline se liquéfie : de quels voisins pourrait-elle hériter au départ de Madeleine ? Des gens bruyants ? insupportables ? des gosses intenables ? Une vision de cauchemar inenvisageable !

Mais c’est sans compter l’âme diabolique de Jacqueline : et si Madeleine mourrait dans le chalet, en particulier en se suicidant, la petite bicoque serait nettement moins attractive pour les chalands… Il n’en faut pas plus pour que la paisible retraitée fomente un plan machiavélique pour orchestrer le « suicide » de sa voisine et espérer, enfin, sa sainte paix.

« C’est une solution radicale comme elle les aime. La propriété restera inhabitée après le décès de Madeleine. Peut-être pas pendant des siècles, mais assez longtemps pour que Jacqueline finisse son existence en paix ? Ça ne coûte pas grand chose de rêver. » (p.23)

La tranquillité a un prix, et Jacqueline ignore qu’elle le paiera de conséquences dramatiquement ironiques, bien au-delà d’une désarmante absence totale de remords.

« La vie n’est jamais complètement prévisible et, si elle l’était, elle serait plate. » (p.65)

A ses basques, le charmant sergent Mazenc, pas dupe de cette sémillante vieille dame mais bien en peine de la confondre. De plus, il a fort à faire avec des morceaux de cadavres de cerfs et de chevreuils qui font craindre un braconnage sauvage aux alentours de chez Jacqueline.

Des fils savamment emmêlés, mâtinés d’un vocabulaire canadien insolite : on passe un bien bon moment avec ce polar sans prétention bien que délicieusement rafraîchissant au cœur du froid canadien et en témoignent les corps que laisse derrière elle la redoutable Jacqueline…).

« C’est elle, l’exterminatrice du coin, car la sainte paix ne se négocie pas. » (p.133)

La sainte paix, André MAUROIS, éditions 10/18, 2026, 187 pages, 7.80€.

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