
Quand le thriller domestique jusque-là quasi-exclusivité des écrivains anglais et américains devient l’affaire d’une autrice coréenne, on obtient La belle-fille, roman qui applique à la lettre les codes du genre. Rien de plus, rien de moins, aussitôt lu et quasiment aussitôt oublié.
Grâce à de très courts chapitres, on se doute que la lecture est d’une grande facilité… riche aussi de certaines énormités.
Ainsi, Jae-Young est en cavale, convaincue d’avoir tué son petit-ami violent au cours d’une dispute. Dans un train, elle rencontre une mère et son fils. La passagère confie séance tenante sa vie difficile de mère célibataire et son projet de présenter son enfant à son beau-père, riche à millions. Au retour d’un passage aux toilettes, Jae-Young se rend compte que la mère a abandonné son fils à ses bons soins.
« Je suis bien placée pour savoir que les gens ne dévoilent pas immédiatement leur vraie nature. Il suffit d’un instant pour que l’homme qui vous murmurait des mots doux se métamorphose en un monstre prêt à vous démolir. » (p.25)
« Pas de bague en diamant pour moi, mais me voici flanquée d’un bébé et d’une belle-famille. » (p.58)
Grande est son hésitation : doit-elle endosser la responsabilité de ce bébé avec lequel elle n’a aucun lien ? Peut-elle décemment oser se présenter chez les Jung ? Et si elle prétendait être la mère de l’enfant pour mieux échapper à son passé ?
Jae-Young opte pour le rôle de composition. Accueillie à bras ouverts par son beau-père et son beau-frère dans un opulent manoir de style européen, elle découvre la vie des nantis où l’argent coule à flots.
Mais sa tranquillité n’est que de mise, et les fantômes de son très proche passé ne sont peut-être pas si loin que cela d’elle.
Et les retournements de situation, foisonnants, de s’enchaîner. On est happé, disons-le, et c’est passablement agréable. Mais c’est aussi tellement improbable : le cumul de la violence domestique – du mépris de classe (on touche du doigt « l’hommage » au film exceptionnel Parasite) – des triangles amoureux – de la relation parents-enfants frôle l’indigestion.
« Il est parfois nécessaire de s’allier à ses ennemis. Ainsi va la vengeance. Et ainsi va la vie. » (p.239)
Rien de nouveau donc du côté du thriller domestique : j’espérais une ré-invention made-in-Korea. Ce ne fut point le cas. Pâle et énième copie dans la mouvance d’une certaine Freida McFadden. A réserver donc à un après-midi brûlant à la plage cet été…
La belle-fille, Se-Ah JANG, traduit par Nathalie Serval, éditions LES PRESSES DE LA CITE, 2026, 316 pages, 21.90€.
