
Asa a consacré sa vie entière à son fils Andreas. Seule, car scandaleusement quittée par le père de l’enfant alors qu’il était encore tout petit. Pire que cela, son compagnon avait déjà mise enceinte sa nouvelle compagne après des mois de tromperie dont Asa ignorait tout.
Alors, mère courage, elle a tout sacrifié pour Andreas tout en menant de front sa vie professionnelle, elle la consultante en communication. Un duo fusionnel qui a réussi à se construire et à cheminer.
Mais lorsque vient le tour d’Andreas d’envisager ses propres projets de vie en tant qu’adulte, c’est au bras de la taciturne Josefin qu’il compte avancer. Asa n’est que moyennement emballée : elle connaît l’élue de son fils, puisqu’il s’agit de la fille de sa meilleure amie. Elle l’a vue petite, capricieuse et caractérielle, mener son monde à la baguette.
L’occasion lui est donnée d’avoir plus qu’un aperçu de sa difficile belle-fille lorsque le jeune couple est contraint d’emménager quelques semaines chez Asa, le temps que des travaux soient effectués dans leur appartement. Asa déplore tout en l’acceptant le besoin de son fils et de Josefin de quasiment vivre en autarcie dans leur chambre. Pourtant, elle fait tout pour leur rendre la vie la plus agréable possible, multipliant les propositions cordiales pour passer du temps ensemble.
Or, si Asa considère chacun de ses actes comme purement altruiste, ses proches ne le voient pas ainsi : pour eux, Asa est trop intrusive. Dévouée, certes, mais complètement autocentrée sur ses ressentis et sentiments. Lorsque les reproches se mettent à pleuvoir sur la sémillante quinquagénaire, elle tombe des nues : elle ne veut qu’aider ! Certes, elle reconnaît des maladresses, mais ne sont-elles pas excusables lorsque l’on veut bien faire ?
« Que d’erreurs au fil du temps. Mais j’avais reconnu mes torts. J’avais demandé pardon, promis de mieux faire. Le problème, c’était qu’il n’y avait pas de place pour le pardon. La sentence serait donc éternelle ? » (p.218)
Sauf qu’Andreas s’éloigne progressivement de sa mère, la met volontairement à distance. Josefin y est-elle pour quelque chose ? Sans doute. Aussi, Asa vit la cruauté d’être ainsi reléguée en arrière-plan alors que le jeune couple avance dans les grandes étapes de la vie. Ce bannissement forcé est l’occasion pour elle de réfléchir au miroir qu’on lui tend : et s’il y avait une part de vérité dans ce qu’on dit d’elle ?
« Le pire, c’est que j’ai participé à ma chute. Comme un kamikaze fabriquant sa propre ceinture explosive. Si je n’avais pas fait ci, mais ça. Si j’avais plutôt réagi ainsi. Je ne cessais de réfléchir à la tournure que les choses auraient pu prendre si je m’étais comportée différemment. » (p.28)
Riche roman qui pétrit à pleines mains les relations filiales à travers ce qu’elles transmettent, lèguent et transfèrent, La belle-mère questionne certes ce personnage archétypal mais donne aussi à voir une polyphonie essentielle de ceux qui gravitent autour d’elle. La belle-mère n’est-elle que ce cliché éculé qui la veut possessive, intrusive et piquante ? Ne faut-il pas voir derrière chacune de ces femmes une mère portant sa propre histoire ? Quels schémas reproduit-on d’une génération à l’autre ? Peut-on se défaire du carcan éducationnel supposé nous construire ?
« Quelle drôle de chose que la famille. Ce que l’on connaissait à la naissance devenait la norme. » (p.244)
Peut-on décemment séparer des enfants de leurs aïeux ? Moa Herngren excelle à disséquer les liens familiaux, aussi complexes et tendus soient-ils : l’infiniment insignifiant se pare d’une symbolique dramatique dans le récit. A dévorer, car il questionne toute cellule familiale lambda.
« J’avais devant moi un puzzle que je m’efforçais de reconstituer à l’envers. Quand tel ou tel morceau avait été placé et où ? A quel moment la graine de la catastrophe avait-elle été semée ? » (p.32)
La belle-mère, Moa HERNGREN, traduit du suédois par Marina Heide, éditions BUCHET CHASTEL, 2026, 335 pages, 24€.

Merci pour cette découverte d’une auteure et d’un livre que je ne connais pas du tout, et dont tu parles si bien. Je le note .
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